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l)- Les amis de Dieu se réjouissent (Luc 15:18-32)
L’élite religieuse était en colère contre Jésus parce qu’il passait du temps avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs ; après tout l’Écriture met en garde contre le fait de passer du temps avec des personnes insensées (Psaumes 1:1 ; Proverbes 13:20). La différence demeure dans le fait que Jésus passe du temps avec les pécheurs pour les amener dans le royaume de Dieu et non pour se laisser influencer par eux (Luc 15:1-2).
Jésus répond à l’élite religieuse en leur racontant trois histoires : l’histoire de la brebis perdue, l’histoire de la drachme perdue et l’histoire de l’enfant prodigue. Un troupeau de 100 têtes était considéré comme un troupeau de taille moyenne. Lorsqu’une brebis s’égarait, le berger faisait tout pour la retrouver. (Il pouvait laisser ses autres brebis avec des collègues qui surveillaient leurs troupeaux en même temps que le sien. Les brebis erraient souvent ensemble et étaient séparées par les appels ou les flûtes distinctifs de leurs bergers.) Lorsque le berger trouvait la brebis perdue, il appelait ses amis pour qu’ils se réjouissent avec lui. Jésus dit que c’est la même chose avec Dieu : ses amis véritables se réjouissent avec lui lorsqu’il retrouve ceux qui étaient perdus (Luc 15:3-7). Par conséquent, il laisse entendre que les membres de l’élite religieuse ne sont pas ses amis sinon ils se seraient réjouis.
Ensuite Jésus raconte l’histoire de la drachme perdue. Une femme dont la dot, c’est-à-dire l’argent qu’elle avait amené dans son mariage et qui lui servirait en cas de divorce ou de veuvage, se limitait à dix pièces d’argent était vraiment très pauvre. Dix pièces d’argent représentaient environ le salaire de dix jours pour un travailleur moyen. Une pièce d’argent parmi les dix vaut plus qu’une pièce parmi cent ; quoi qu’il en soit, il lui fallait absolument retrouver la pièce perdue ! Les maisons galiléennes à une chambre étaient très petites. Le sol était recouvert de petits cailloux. Ainsi, les pièces d’argent et autres objets tombaient souvent entre les crevasses et restaient perdus jusqu’à leur excavation par des archéologues modernes ! En outre, la plupart de ces maisons avaient au mieux une petite fenêtre et une petite entrée. Il n’y avait donc pas suffisamment de lumière pour l’aider à retrouver sa drachme. Elle a dû allumer une lampe. Or, à cette époque, les lampes étaient si petites qu’elles tenaient dans la paume de la main, et elles n’éclairaient pas beaucoup. Alors la femme se mit à balayer, espérant entendre sa pièce tinter. Elle finit enfin par la retrouver. Ses amis se réjouirent avec elle, tout comme les amis de Dieu se réjouissent avec lui. Ceci implique encore que peut-être l’élite religieuse ne faisait pas partie des amis de Dieu (Luc 15:8-10).
Pour conclure, Jésus raconte l’histoire du fils perdu. Le plus jeune fils avait dit à son père : « Je veux ma part d’héritage maintenant ». Dans cette culture, c’était comme s’il avait dit : « Père, j’aurais aimé que tu sois mort ! », ce qui dénote un manque de respect total. Le père n’était pas obligé de partager son héritage, mais il l’a tout de même fait. Le fils aîné devait recevoir les deux tiers et le plus jeune fils un tiers. Sous la loi ancienne, en divisant son héritage, le père leur disait simplement quels champs et quels biens ils devaient recevoir après sa mort. Le fils ne pouvait pas légalement dépenser les biens avant ce moment-là. Mais ce fils l’a fait tout de même. Il est allé dans un pays lointain où il a gaspillé les années de travail de son père. Finalement réduit à la pauvreté, il est obligé de nourrir des pourceaux. Pour les auditeurs juifs à l’époque de Jésus, le fils rebelle méritait une telle fin ; en fait, pour eux, l’histoire se finissait bien. Le jeune homme qui s’était associé à des cochons était désormais souillé et ne pouvait donc plus solliciter l’aide d’autres Juifs !
Mais le jeune homme décide qu’il préférerait être un serviteur dans la maison de son père que de mourir de faim. Alors il repart chez lui pour aller demander grâce. Son père, l’apercevant de loin, court à sa rencontre. Dans cette culture, il était indigne pour un vieil homme de courir, mais ce père se moque bien de sa dignité car son fils est revenu à la maison ! Le fils demande à son père de le traiter comme un esclave mais son père refuse. Au contraire, il exige qu’on lui apporte la plus belle robe (probablement la sienne), un anneau pour le doigt du jeune homme (sans doute une bague symbolisant son rétablissement au rang de fils) et des sandales pour ses pieds (car la plupart des serviteurs ne portaient pas de sandales). En faisant cela, le père disait à son fils : « Non, je ne veux pas te recevoir comme un serviteur. Je ne te recevrai que comme mon fils ! » Le veau gras qu’il avait tué allait nourrir le village tout entier. Le père a donc organisé une grande fête et tous ses amis se sont réjouis avec lui.
Jusqu’ici l’histoire est parallèle aux deux premières histoires précédentes. Mais à présent Jésus va plus loin, défiant plus directement l’élite religieuse. La littérature ancienne construisait parfois un paragraphe important en commençant et en terminant par la même déclaration ; dans le cas présent, le fils qui était perdu était revenu à la maison (Luc 15:24, 32). Lorsque le fils aîné apprend que le père a accueilli à la maison son plus jeune frère, il est furieux. Il n’a rien à perdre sur le plan économique ; l’héritage était déjà partagé (Luc 15:12). Le problème c’est que pour lui il est injuste que son père fête le retour d’un fils rebelle alors que lui-même ne méritait pas de miséricorde ; il pensait qu’il était assez bon sans la compassion de son père. Il proteste auprès de son père et refuse de le saluer, forçant le père à sortir et à le prier d’entrer. Il fait preuve d’un manque de respect envers son père tout comme son plus jeune frère l’avait fait avant lui ! « Il y a tant d’année que je te sers », proteste-t-il (Luc 15:29), montrant qu’il se considérait comme un serviteur plutôt que comme un fils (le rôle même que le père considérait inacceptable, Luc 15:21-22).
Les membres de l’élite religieuse méprisaient les « pécheurs » qui venaient à Jésus, ne se rendant pas compte que leurs cœurs n’étaient pas meilleurs. Les pécheurs étaient comme le plus jeune frère et l’élite religieuse comme l’aîné. Nous avons tous besoin de Jésus ; personne ne peut être sauvé sans la miséricorde de Dieu.

m)- Le premier chrétien païen (Actes 8:26-27)
Puisque les Samaritains étaient considérés comme des métis (Actes 8:4-25), cet officier africain de la cour royale est le premier païen entièrement converti au christianisme (bien que probablement inconnu d’une grande partie de l’église de Jérusalem, Actes 11:18).
Lorsque l’ange dit à Philippe d’aller du côté du midi et de se rendre à Gaza (Actes 8:26), cela a probablement dû lui sembler fort étrange. Samarie avait produit beaucoup de convertis, mais qui allait-il trouver sur une route déserte ? Deux routes conduisaient vers le sud à partir de Jérusalem ; l’une par Hébron dans l’Idumée (Édom) et l’autre rejoignant la route côtière avant Gaza en direction de l’Égypte. Les deux routes étaient jonchées de bornes militaires romaines qui servaient de repères routiers. Le vieux quartier de Gaza était une ville déserte dont les ruines se trouvent près d’Askalon et du nouveau Gaza, deux villes à présent culturellement grecques. L’ordre de se diriger vers le Sud pendant quelques jours, vers une cité déserte, avait dû sembler absurde mais il arrive souvent que Dieu éprouve notre foi en donnant des ordres apparemment absurdes (Exode 14:16 ; 1 Rois 17:3-4, 9-14 ; 2 Rois 5:10).
« L’Éthiopie » (un terme grec) figurait dans les légendes méditerranéennes et dans la géographie mythique comme étant la fin même du monde, s’étendant parfois depuis le sud lointain (toute l’Afrique au sud de l’Égypte, les « Éthiopiens aux cheveux crépus ») jusqu’à l’est lointain (les « Éthiopiens aux cheveux raides » de l’Inde méridionale).
La littérature grecque respectait souvent les Africains comme un peuple particulièrement aimé par les dieux. (L’historien grec Hérodote les appelle aussi le plus beau des peuples.) Certains Africains sub-sahariens étaient connus dans l’Empire romain. Le trait caractéristique familier des Éthiopiens le plus mentionné dans la littérature juive et gréco-romaine était leur peau noire (cela était aussi noté dans l’Ancien Testament). Mais l’art méditerranéen ancien décrit d’autres caractéristiques typiquement africaines et reconnaît les différences dans la couleur de la peau. Les Égyptiens et d’autres peuples étaient parfois appelés « noirs » en comparaison aux populations méditerranéennes plus claires. Plus on voyageait vers le Sud, le long du Nil, plus le teint devenait sombre et les cheveux crépus. Les Grecs considéraient les Éthiopiens comme symbolisant la couleur noire.
Ici, un empire africain bien précis est en vue. Dans ce texte nous pouvons confondre le nom « Éthiopie » avec l’Éthiopie moderne, mais cela n’est probablement pas le cas. Ce royaume, Axoum, était un puissant empire de l’Afrique de l’Est qui s’est converti au christianisme au début des années 300, en même temps que la conversion de l’Empire romain. Cependant, cet empire, situé au sud de l’Égypte dans ce que l’on appelle actuellement le Soudan, est probablement un royaume nubien bien précis dont les peuples avaient un teint plus sombre. « Candace » (Kan-dak’a) semble avoir été un titre dynastique de la reine de cet empire nubien. Elle est mentionnée ailleurs dans la littérature gréco-romaine, et la tradition déclare qu’elle était la reine mère qui gouvernait dans ce territoire. (Les Grecs anciens appelaient toute la Nubie « Éthiopie »). Son royaume noir nubien datait de 750 avant Jésus Christ. Ses principales villes étaient Méroë et Napata. C’était un royaume riche (donnant à un trésorier royal comme celui mentionné dans le texte beaucoup de travail) qui avait des liens commerciaux avec le Nord. Rome se procurait des paons et d’autres trésors africains auprès tels royaumes qui avaient accès au cœur même de l’Afrique. Lors des fouilles de Méroë, on a retrouvé des objets précieux romains. Le commerce s’étendait aussi vers le Sud ; un buste de César avait été retrouvé en Tanzanie. Néanmoins, les transactions commerciales avec Rome étaient limitées, et cet officier et son entourage étaient parmi les quelques visiteurs nubiens à être allés si loin vers le Nord.
Cet officier royal nubien était probablement un païen qui « craignait Dieu ». Lorsque cela était pris au sens littéral du terme, ce qui n’était pas toujours le cas (Genèse 39:1, LXX), les eunuques étaient des hommes castrés. Quand bien même ceux-ci étaient les officiers royaux favoris dans l’Est, les Juifs s’opposaient à cette pratique, et la loi juive excluait les eunuques du peuple d’Israël (Deutéronome 23:1). Les lois étaient sans doute instituées pour empêcher Israël de castrer les garçons (Deutéronome 23:1). Mais les eunuques pouvaient certainement être acceptés par Dieu (Ésaïe 56:3-5, même les eunuques étrangers, Sagesse 3:14). Dans l’Ancien Testament, on lit qu’un eunuque éthiopien fut un des alliés de Jérémie et sauva sa vie (Jérémie 38:7-13). Cet officier royal africain a été le premier chrétien non juif. Une telle information peut s’avérer utile pour établir que le christianisme n’est pas seulement une religion occidentale, mais qu’après ses origines juives, il s’agissait avant tout d’une foi africaine.

n)- Paul prêche aux philosophes (Actes 17:22-31)
Paul remettait l’Évangile en contexte pour ses auditeurs, montrant comment il pouvait se rapporter à leur propre culture sans compromettre son contenu. (Aujourd’hui nous errons soit d’un côté soit de l’autre ; nous n’arrivons pas à être culturellement cohérents ou bien nous n’arrivons pas à représenter correctement le message biblique.) Paul s’adresse à deux groupes de philosophes présents : les stoïciens et les épicuriens (probablement un plus petit groupe). Sa foi avait peu de points communs avec celle des épicuriens, mais les stoïciens étaient d’accord avec un certain nombre des croyances chrétiennes.
Paul commence par trouver un terrain d’entente avec ses auditeurs païens. Il était de coutume de commencer un discours en complimentant les auditeurs ; c’est ce que l’on appelait l’exordium. On n’avait pas le droit de flatter l’Aréopage (les principaux leaders pédagogiques et philosophiques d’Athènes), mais Paul était libre de commencer par une note respectueuse. « Religieux » voulait dire qu’ils étaient observateurs ; cela ne voulait pas dire qu’il était d’accord avec leur religion.
Ensuite Paul se tourne vers un intérêt commun. Lors d’un fléau qui s’était abattu bien longtemps avant la vie de Paul, aucun autel n’avait réussi à apaiser la colère des dieux. Athènes avait fini par offrir des sacrifices à un dieu inconnu et le fléau avait soudainement pris fin. Ces autels étaient toujours intacts, et c’est ce sur quoi Paul base son discours.
Paul emprunte une technique des enseignants juifs qui s’étaient efforcés d’expliquer le vrai Dieu aux païens pendant plusieurs années avant Paul. Les Juifs non palestiniens rappelaient parfois aux païens que même eux avaient un Dieu suprême, et ils essayaient de montrer aux païens que leurs hautes aspirations religieuses étaient basées sur le judaïsme.
Les stoïciens croyaient que Dieu pénétrait toute chose, et donc qu’il ne se trouvait pas dans les temples (cf. aussi Ésaïe 66:1). Les stoïciens et les Juifs hellénisants soutenaient que Dieu « n’avait besoin de rien », utilisant le même mot que Paul utilise dans Actes 17:25. De même, les Juifs et plusieurs Grecs s’accordaient pour dire que Dieu était le Créateur et Celui qui détermine les bornes de la terre et la durée des temps (Actes 17:26). (Les stoïciens croyaient aussi que l’univers se dissolvait périodiquement en Dieu, mais sur ce point il n’y avait aucun recoupement entre eux et la Bible ou le judaïsme.)
En général, les Juifs considéraient Dieu comme un père, surtout en rapport avec son peuple. Mais les Grecs, les Juifs dispersés parmi les Grecs et certains auteurs chrétiens du deuxième siècle considéraient Dieu comme le « père » du monde dans le sens de Créateur. Bien qu’ailleurs Paul utilise le terme de façon plus spécifique, il adopte le sens le plus général de père, comme Créateur dans ce cas présent (Actes 17:28-29). Dans Actes 17:28, la citation d’Épiménides apparaît dans les anthologies juives de textes justificatifs pour montrer aux païens la vérité au sujet de Dieu ; c’est peut-être là que Paul l’a apprise. (Les Grecs citent Homer et d’autres poètes comme textes justificatifs de la même façon que les Juifs citent l’Écriture.)
Si, dans le but de communiquer l’Évangile, Paul tenait absolument à trouver des points communs avec les meilleures idées de la pensée païenne, il n’hésitait cependant pas à mettre en évidence les différences qui existaient entre l’Évangile et le paganisme. Certaines questions peuvent être sémantiques, mais Paul s’assurait que toutes différences véritables étaient mises à jour. Bien que les philosophes parlent de conversion à la philosophie par un changement de pensée, ils n’étaient pas familiers avec la doctrine chrétienne et juive de la repentance (Actes 17:30). De plus, d’après les Grecs, le temps était éternel ; contrairement au point de vue biblique, ils n’envisageaient pas que Dieu puisse fixer un jour de jugement (Actes 17:31). Pour terminer, les Grecs ne pouvaient concevoir une résurrection corporelle future. La plupart d’entre eux croyaient simplement que l’âme survivait après la mort. C’est donc la prédication de Paul sur la résurrection qui les a le plus choqués (Actes 17:31-32). En fin de compte, ce qui intéressait Paul c’était de gagner au moins quelques-uns de ces peuples influents à la foi véritable en Christ (Actes 17:34) et non de tous les persuader qu’il était inoffensif et qu’il partageait leurs points de vue.

o)- Paul adapte des lois familiales anciennes (Éphésiens 5:21 à 6:9)
Certaines personnes ont utilisé Éphésiens 6:5-9 conjointement avec les discussions grecques, romaines et arabes sur l’esclavage pour soutenir l’esclavage qui était pratiqué aux Amériques. Mais une simple connaissance de la nature de l’esclavage que Paul traitait aurait dû réfuter leur interprétation du passage. D’autres, plus récemment, ont utilisé Éphésiens 5:22-23 pour traiter les femmes de façon avilissante et irrespectueuse, ce qui est une mauvaise interprétation de la teneur entière dudit passage.
Ce passage traite d’une forme ancienne d’écrit appelé « codes familiaux » auxquels les lecteurs de Paul pouvaient avoir recours pour essayer de convaincre leurs persécuteurs présumés qu’ils n’étaient pas subversifs après tout. À l’époque de Paul, plusieurs Romains s’inquiétaient de la propagation des « religions venant de l’Est » (telles que l’adoration égyptienne d’Isis, le judaïsme et le christianisme) qui, selon eux, venaient miner les valeurs traditionnelles de la famille romaine. Les membres de ces religions minoritaires essayaient souvent de montrer leur adhésion à ces valeurs en utilisant une forme standard d’exhortations développées par les philosophes (Aristote et d’autres).
Depuis l’époque d’Aristote, ces exhortations montraient au chef de famille comment traiter les membres de sa famille, notamment en rapport avec sa façon de diriger sa femme, ses enfants et ses esclaves. Paul emprunte directement cette forme de discussion de la littérature gréco-romaine classique. Mais à la différence de la plupart des auteurs anciens, Paul change la prémisse fondamentale de ces codes : l’autorité absolue du chef de famille.
Il est important de noter que Paul entame la liste des codes familiaux en exhortant à une soumission mutuelle (Éphésiens 5:21). À son époque, il était coutume de demander aux femmes, aux enfants et aux esclaves de se soumettre de multiples façons. Mais demander à tous les membres d’un groupe (y compris le pater familias, le chef de la famille) de se soumettre les uns aux autres, on n’avait jamais vu ça.
La plupart des auteurs anciens s’attendaient à ce que les femmes obéissent à leurs maris, exigeant d’elles calme et douceur. Il arrivait même parfois que les contrats de mariage contiennent une clause spécifiant l’obéissance absolue de la femme. Cela avait un sens surtout pour les penseurs grecs qui ne pouvaient concevoir que la femme soit l’égale de l’homme. La différence d’âge entre les époux contribuait à cette disparité. Normalement, dans la culture grecque, les maris étaient considérablement plus âgés que leurs femmes, souvent de plus de dix ans (les hommes se mariaient aux alentours de la trentaine et les femmes entre 13 et 19 ans, souvent au début de l’adolescence).
Cependant, dans ce passage, Paul adapte le code traditionnel de plusieurs façons. D’abord, la soumission des femmes est ancrée dans la soumission chrétienne (en grec, Éphésiens 5:22 emprunte même son verbe « soumettre » à Éphésiens 5:21). La soumission est une vertu chrétienne et elle n’est pas seulement pour les femmes ! Ensuite, Paul s’adresse non seulement aux hommes, mais aussi aux femmes, ce que la plupart des codes familiaux ne faisaient pas. Troisièmement, alors que les codes familiaux disaient aux maris comment se faire obéir de leurs femmes, Paul dit simplement aux maris comment aimer leurs femmes. Enfin, la définition la plus proche que Paul donne au mot soumission dans ce contexte est « respect » (Éphésiens 5:33). En associant le christianisme aux normes de sa culture, il transforme réellement les valeurs de sa culture en allant bien plus loin. Paul s’adresse à la culture gréco-romaine, mais peu de cultures aujourd’hui donnent précisément les mêmes expressions de soumission que dans sa culture. Aujourd’hui les chrétiens appliquent à nouveau ses principes de différentes façons pour différentes cultures, mais ces principes contredisent encore et toujours plusieurs pratiques dans plusieurs de nos cultures (telle que battre une femme).
Personne n’aurait pu désapprouver les prémisses de Paul dans Éphésiens 6:1-4. Les auteurs juifs et gréco-romains étaient d’accord à l’unanimité sur le fait que les enfants devaient honorer leurs parents et leur obéir au moins jusqu’à l’âge adulte. De même, les enseignants et les pères grecs et romains instruisaient souvent les enfants en leur infligeant une correction corporelle. Paul fait partie de la minorité des auteurs anciens qui semblaient avertir leurs auditeurs contre une discipline trop dure (Éphésiens 6:4). (La société gréco-romaine était encore plus dure avec les nouveaux-nés puisque l’enfant n’était accepté comme une personne légale que lorsque le père le reconnaissait officiellement. Ainsi les bébés pouvaient être abandonnés ou tués en cas de difformité. Les premiers chrétiens et les Juifs étaient opposés à l’avortement et à l’abandon des enfants. Cependant, ce texte parle de la discipline des mineurs dans la famille, comme dans les codes familiaux.) La désobéissance était permise en cas de circonstances exceptionnelles (exemple 1 Samuel 20:32). Mais Paul ne considère pas le point de vue traditionnel romain de la soumission des enfants comme il le fait avec les femmes et les esclaves, puisque l’Ancien Testament recommande aussi la soumission des mineurs (Deutéronome 21:18-21).
Enfin, Paul aborde les relations entre esclaves et propriétaires d’esclaves. L’esclavage romain, à la différence de l’esclavage européen récent et d’une grande partie de l’esclavage arabe, n’était pas racial. Les Romains n’avaient aucun problème à asservir tous ceux qui leur tombaient sous la main. Il existait différentes formes d’esclavage à l’époque de Paul. L’exil dans les mines ou l’esclavage dans les combats de gladiateurs était de fait une sentence de mort ; peu d’esclaves survivaient longtemps dans de telles circonstances.
Les esclaves qui travaillaient dans les champs pouvaient être battus mais, autrement, ils ressemblaient plus à des paysans libres qui étaient durement opprimés et qui avaient rarement la possibilité d’améliorer leur position sociale, bien qu’ils constituaient la majorité de la population de l’empire. Les esclaves qui travaillaient dans les maisons vivaient dans de meilleures conditions que les paysans libres. Ils pouvaient mettre de l’argent à côté, et souvent ils achetaient leur liberté. Une fois libres, ils pouvaient évoluer sur le plan social, et leurs anciens propriétaires étaient dans l’obligation de les aider à réussir. Plusieurs personnes affranchies étaient devenues plus riches que les aristocrates. Dans certaines familles riches, des esclaves influents pouvaient exercer plus de pouvoir que des aristocrates libres. Certains nobles, par exemple, se mariaient aux esclaves pour devenir esclaves dans la famille de César et améliorer leur position sociale et économique ! Les codes familiaux s’adressaient aux esclaves travaillant dans les familles. Paul écrit à des assemblées urbaines ; le genre d’esclavage dont il parle ici est essentiellement celui pratiqué dans les familles.
Les propriétaires d’esclaves se plaignaient que souvent les esclaves étaient paresseux, surtout quand personne ne les regardait. Paul encourage un travail laborieux, mais il donne à l’esclave un nouvel espoir et une nouvelle motivation pour son travail (Éphésiens 6:5-8). (Dans l’ensemble, Paul croit que nous devons nous soumettre à ceux qui exercent une autorité, lorsque cela est possible, à cause de la paix, cf. Romains 12:18 ; 13:1-7, mais cela ne veut pas dire qu’il croit que nous devons faire tout notre possible pour maintenir de telles structures d’autorité ; cf. 1 Corinthiens 7:20-23.) Paul dit que les esclaves, comme les femmes, doivent se soumettre au chef de famille comme à Christ (Éphésiens 6:5), mais il affirme de façon on ne peut plus claire qu’il s’agit d’un devoir réciproque ; les esclaves et les propriétaires ont tous le même maître céleste. Lorsqu’Aristote s’est plaint au sujet de quelques philosophes qui pensaient que l’esclavage était mauvais, les philosophes qu’il citait n’ont pas expliqué les problèmes aussi clairement que ne le fait Paul. Seule une très petite minorité d’auteurs du monde ancien (parmi eux beaucoup de stoïciens) suggérait que les esclaves étaient en théorie les égaux spirituels de leurs maîtres. Mais Paul va même au delà de cette extrême. Paul est le seul à suggérer qu’en pratique les maîtres devaient agir à l’égard des esclaves comme les esclaves devaient agir à leur égard (Éphésiens 6:9a). (Les Esséniens juifs opposaient l’esclavage, mais c’est parce qu’ils étaient contre la propriété privée.)
Certains se sont plaints que Paul aurait dû s’opposer plus énergiquement à l’esclavage. Mais dans les quelques versets où Paul parle de l’esclavage, son objectif est d’aider les esclaves à faire face à leur situation ; il ne parle pas de l’institution légale de l’esclavage, de même qu’un serviteur de Dieu ou un conseiller peut aujourd’hui aider quelqu’un à se libérer de la dépendance d’une drogue sans avoir à débattre de sa légalité. Les seules tentatives de libérer tous les esclaves dans l’Empire romain avant Paul s’étaient soldées par trois guerres qui se sont toutes terminées dans un bain de sang, et les esclaves n’ont toujours pas été affranchis. À cette époque, les chrétiens étaient une petite secte minoritaire et persécutée dont la seule voie pour abolir l’esclavage aurait été de rallier plus de personnes à leur cause et de transformer les valeurs de l’empire (comme le mouvement abolitionniste qui s’est répandu en Angleterre au cours dix-huitième et du dix-neuvième siècle). En outre, même si cette lettre spécifique était conçue comme une critique de l’injustice sociale (ce qui n’est pas l’objectif de cette lettre particulière bien que ce sujet apparaisse dans d’autres passages bibliques), on ne pourrait pas commencer une telle critique avec des esclaves domestiques, mais avec les esclaves miniers, les paysans libres et les esclaves agraires. Même une révolution violente ne pouvait éradiquer l’esclavage dans l’Empire romain.
Quoi qu’il en soit, l’enseignement de Paul ne laisse aucun doute sur sa position s’il avait été confronté à la question de l’abolition de l’esclavage : les hommes sont égaux devant Dieu (Éphésiens 6:9) ; l’esclavage est donc contre la volonté de Dieu.

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