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p)- Jésus réprimande les arrogants (Apocalypse 3:15-18)
Durant la période romaine, Laodicée est devenue une ville phrygienne importante. C’était la capitale de la convention « cybriatique » qui réunissait au moins 25 villes. C’était aussi la ville la plus riche de Phrygie ; elle était connue pour sa prospérité, surtout à cette époque. Elle se situait à environ 16 km à l’est de Colosses, et sa ville rivale était Phrygie en Antioche.
La ville reflétait le paganisme habituel de la culture méditerranéenne : Zeus était la divinité patronne de la ville, mais les habitants de Laodicée avaient aussi bâti des temples en l’honneur d’Apollon, d’Asclépios (la divinité de la guérison), d’Hadès, d’Héra, d’Athéna, de Sérapis, de Dionysos et d’autres divinités. L’église de Laodicée semblait partager les valeurs de sa culture, c’est-à-dire qu’elle faisait preuve d’une autosuffisance arrogante sur les questions comme la prospérité, la tenue vestimentaire et la santé, des choses que Jésus a traitées dans Apocalypse 3:17-18. Laodicée était un centre bancaire prospère ; elle était fière de sa richesse. La ville de Laodicée refusa l’aide de Rome à la suite du tremblement de terre de l’an 60 après Jésus-Christ ; elle reconstruisit à partir de ses propres ressources. La ville était également connue pour ses textiles (surtout la laine noire) et pour son école médicale spécialisée dans l’oto-rhino-laryngologie et célèbre pour sa pommade pour les yeux.
La seule sphère de vie dont les habitants de Laodicée n’étaient pas fiers était leur approvisionnement en eau ! Laodicée devait faire venir son eau d’ailleurs et, lorsqu’elle arrivait, elle était remplie de sédiments. La ville avait vraiment acquis une mauvaise réputation à cause de son approvisionnement en eau. Jésus commente sur la température de l’eau : les habitants de Laodicée étaient tièdes comme leur eau, ni chauds, ni froids. Cela ne veut pas dire, comme certains l’ont suggéré, que l’eau chaude était bonne et l’eau froide mauvaise. Jésus ne voulait pas que les habitants de Laodicée soient « bons ou mauvais », mais seulement bons.
Les gens préféraient boire de l’eau froide et se laver dans de l’eau chaude (parfois utilisée comme boisson lors des banquets), mais les résidents locaux, dont la plupart jouissait d’un style de vie assez confortable, se plaignaient souvent de la tiédeur naturelle de l’eau locale (en opposition avec l’eau chaude disponible près d’Hiérapolis ou l’eau froide des montagnes environnantes). Jésus disait donc : « si vous étiez chauds (comme l’eau pour le bain) ou froids (comme l’eau pour la boisson), vous seriez utiles, mais dans votre état actuel, vous êtes simplement répugnants (puisque vous êtes tièdes). Ce que je ressens à votre égard c’est ce que vous ressentez à l’égard de votre eau. Vous m’écœurez. »
Les exemples d’arrière-plan culturel mentionnés ci-dessus ne sont que des échantillons, mais j’espère qu’ils vous ont donné envie d’en savoir plus. L’arrière-plan éclaircit chaque passage de la Bible. Ceci est bien entendu un but et non une question sur laquelle chaque interprète tombera d’accord. Paul savait que nous « connaissons en partie et nous prophétisons en partie » (1 Corinthiens 13:9) ; certains textes restent obscurs pour nous (mais nous avons plusieurs autres textes pour nous occuper jusqu’à ce que nous puissions comprendre les plus obscurs). Il ne nous sera pas donné de tout connaître avant le retour de Jésus, et nous avons besoin d’être charitables dans nos désaccords avec ceux dont les conclusions diffèrent des nôtres. Cela nous ramène à certains de nos commentaires précédents : insistez sur le point central et sur ce qu’il est difficile de remettre en cause, et occupez-vous des détails plus tard, lorsque vous en serez capables.

CHAPITRE 7 : LE CONTEXTE DU GENRE
Bien que nous ayons examiné et illustré les règles générales d’interprétation les plus importantes, nous devons à présent noter que certaines compétences en matière d’interprétation dépendent du genre d’écriture de la Bible que l’on étudie. Par exemple, l’Apocalypse est une littérature prophétique (et probablement apocalyptique) riche en symboles. Si, aujourd’hui, des interprètes débattent à quel point certaines images de l’Apocalypse sont littérales, personne ne doute qu’une grande partie de l’Apocalypse (par exemple, la mariée et la prostituée) est constituée de symboles représentant des choses autres que leur signification littérale (Babylone et la nouvelle Jérusalem vs deux femmes prises au sens littéral). Les psaumes sont des poèmes qui utilisent souvent des images graphiques. La poésie implique une licence poétique. Lorsque Job déclare que ses pieds « se baignaient dans la crème » (Job 29:6), il veut dire qu’il était prospère, et non que ses couloirs étaient remplis de beurre jusqu’aux chevilles. On peut donner des centaines d’exemples. Ceux qui nient l’utilisation du symbolisme dans certaines parties de la Bible (surtout dans les portions poétiques) n’ont simplement pas lu la Bible très sérieusement.
D’un autre côté, les récits ne sont pas remplis de symboles. On ne devrait pas lire l’histoire de David et Goliath et penser : « Que signifie Goliath ? Que signifient les petites pierres ? » Ces récits sont des écrits historiques littéraux ; nous cherchons à apprendre les leçons de morale qui s’en dégagent de la même façon que nous cherchons à apprendre de nos expériences ou des expériences des autres aujourd’hui. (La différence entre les expériences bibliques et les expériences modernes est que les expériences bibliques sont accompagnées d’indices favorisant leur propre interprétation selon la perspective parfaite de Dieu.) Nous pouvons appliquer ce que nous apprenons de Goliath à d’autres défis que nous rencontrons, mais Goliath ne « symbolise » pas ces défis ; il est simplement un exemple de défi.
Même le contexte, qui est notre règle la plus importante, fonctionne différemment selon le genre d’écriture. Par exemple, la plupart des proverbes ne sont pas consignés dans un ordre particulier fournissant un flot de pensée régulier. Il s’agit plutôt d’adages généraux et isolés qui ont été compilés pour former un recueil (Proverbes 25:1). Cela ne veut pas dire que nous ne disposons pas d’un contexte plus large au sein duquel certains proverbes peuvent être lus. Au contraire, en lisant ces proverbes à la lumière de l’ensemble des proverbes, et surtout à la lumière des proverbes traitant un même sujet, nous avons un contexte général auquel peuvent être associés la plupart des proverbes individuels.
Les érudits utilisent le terme « genre » pour parler des différentes sortes d’écriture. La poésie, la prophétie, l’histoire et les proverbes de la sagesse figurent au nombre des genres représentés dans la Bible. Examinons certains des « genres » bibliques les plus connus et certains principes importants d’interprétation pour chacun de ces genres.
1)- Le récit

Le récit est le genre que l’on retrouve le plus souvent dans la Bible. Il renvoie tout simplement à une « histoire » : soit un récit historique ou biographique vrai (qui constitue la plupart des récits bibliques), soit une histoire destinée à communiquer la vérité à travers une analogie fictive, comme une parabole. Il existe une règle fondamentale d’interprétation d’un récit, à savoir que nous devons nous demander : « Quelle est la morale de cette histoire ? » ou, en d’autres termes : « Quelles leçons pouvons-nous tirer de cette histoire ? »


  • Éviter l’allégorie

Certains principes nous aident à tirer de bonnes leçons à partir des histoires. Le premier principe est un avertissement, surtout en ce qui concerne les récits historiques de la Bible : il ne faut pas allégoriser l’histoire, c’est-à-dire qu’il ne faut pas la transformer en une série de symboles comme si l’histoire n’était pas vraie. Si nous transformons les récits en symboles, n’importe qui peut alors interpréter le récit et lui faire dire ce qu’il veut. Des gens peuvent lire le même récit et aboutir à des religions opposées ! Si nous lisons un texte de cette façon-là, nous y lisons ce que nous pensons déjà, ce qui veut dire que nous agissons comme si nous n’avions pas besoin du texte pour nous enseigner quelque chose de nouveau !
Par exemple, lorsque David s’est préparé à lutter contre Goliath, il a ramassé cinq pierres polies. Un allégoriste pourrait affirmer que les cinq pierres de David représentent l’amour, la joie, la paix, la patience et la bonté. Un autre pourrait déclarer qu’il a ramassé cinq pierres parce qu’elles représentent cinq dons spirituels particuliers, ou peut-être les cinq éléments de l’armure spirituelle cités par Paul dans le Nouveau Testament. Mais de telles interprétations sont extrêmement inutiles. D’abord, elles sont inutiles parce que n’importe qui peut arriver à n’importe quelle interprétation ; il n’y a donc aucun moyen objectif pour tout le monde d’arriver à la même conclusion. Ensuite, elles sont inutiles parce que c’est vraiment l’allégoriste et ses points de vue, plutôt que le texte lui-même, qui donnent sa signification et enseignent quelque chose. Troisièmement, elles sont inutiles parce que cela obscurcit le message véritable du texte. Pourquoi David a-t-il ramassé des pierres polies ? Tout simplement parce qu’elles allaient lui permettre d’être plus précis dans son lancer. Pourquoi David en a-t-il ramassé cinq au lieu d’une seule ? Probablement parce qu’il voulait en avoir plusieurs au cas où il raterait la première fois. La leçon que nous tirons à partir de cet exemple est que la foi n’est pas une question de présomption ou de prétention. David savait que Dieu allait l’utiliser pour tuer Goliath, mais il ne savait pas s’il allait le tuer avec la première pierre.
D’où vient l’allégorie ? Certains philosophes grecs avaient du mal à accepter les mythes qui présentaient leurs dieux comme des adultères, des voleurs et des meurtriers. Alors, au lieu d’interpréter ces mythes littéralement, ils ont les transformés en une série de symboles. Certains philosophes juifs, essayant de défendre la Bible contre des accusations grecques, ont expliqué des portions « gênantes » de la Bible en les présentant comme de simples symboles. Ainsi, au lieu d’admettre que des héros bibliques comme Noé étaient faillibles, un philosophe juif déclarait qu’il ne s’était pas réellement soûler, mais qu’au contraire, il s’était spirituellement enivré de la merveilleuse connaissance de Dieu. Des érudits chrétiens d’Alexandrie, dont les écoles étaient dirigées par la pensée philosophique grecque, pratiquaient souvent l’allégorie, bien que certains autres responsables de l’église (comme Jean Chrysostome) aient préféré la signification littérale. Des gnostiques comme Valentin, condamnés par les chrétiens orthodoxes, mélangeaient certaines idées chrétiennes à la philosophie païenne. Ils utilisaient souvent la méthode allégorique pour justifier une vague distinction entre le christianisme et d’autres systèmes de pensée. Plus tard, plusieurs penseurs chrétiens ont emprunté la méthode allégorique qui s’est répandue au Moyen-Âge, surtout en Europe1.
Nombreux sont ceux qui pratiquent l’allégorie dans le but de découvrir la signification cachée dans chaque mot ou expression de l’Écriture. Le problème avec cette approche est qu’elle remet en question la façon dont l’Écriture nous a réellement été donnée ; par conséquent, elle ne respecte pas l’Écriture Sainte. Le niveau de signification englobe souvent l’histoire dans sa totalité et, normalement, les mots et les expressions individuels contribuent à une signification contextuelle plus large. Donner à l’histoire une signification qui n’y est pas revient à essayer d’ajouter une inspiration supplémentaire à l’Écriture, comme si elle était insuffisante par elle-même. (Les tentatives allégoriques destinées à attribuer aux paroles de l’Écriture une fausse signification prennent plusieurs formes. Au cours des dernières années, certains se sont attachés à associer des schémas numériques aux versets des Saintes Écritures, mais ces personnes n’ont tout simplement pas tenu compte des centaines de « variantes textuelles » de la Bible au fil des siècles. La plupart des érudits s’accordent pour dire que les soi-disant schémas numériques que certains informaticiens ont trouvés dans l’Écriture sont fortuits ; on peut arriver à des résultats aussi convaincants en utilisant d’autres types de modèles.)


  • Lire l’histoire dans sa totalité

Parfois nous ne pouvons pas tirer de bonne morale à partir d’une histoire parce que nous avons choisi un texte trop court. Dans une partie précédente du livre, j’ai parlé de mon ami qui ne voyait pas l’utilité du passage qui disait qu’Abischag dormait dans le lit de David pour le réchauffer. Quelle morale pouvons-nous tirer d’une telle histoire ? Nous ne devons pas en déduire qu’il est bon pour des jeunes filles de dormir dans le même lit que des personnes âgées pour les garder au chaud. S’il est vrai que nous devons veiller sur la santé de nos rois et autres leaders, cela non plus n’est pas la morale de l’histoire. Certains pourraient souhaiter y tirer une leçon contredisant les autres enseignements moraux de la Bible. Mais toutes ces interprétations passent à côté du but étant donné que l’intention de l’auteur n’était pas de nous faire lire un paragraphe de l’histoire et puis d’arrêter. Nous devons lire toute l’histoire ; ce faisant, nous verrons que David était mourant. Ce passage nous permet de comprendre pourquoi Salomon doit plus tard faire exécuter son traître de frère, Adonija. Il nous aide à comprendre le reste de l’histoire ; la signification de l’histoire ressort de l’histoire tout entière, et pas toujours de ses parties individuelles.
Jusqu’où devons-nous lire pour savoir ce qui est véritablement dit ? En règle générale, plus nous lisons le contexte, mieux c’est. Nous n’allons pas nous éterniser sur ce point étant donné qu’il s’agit d’un principe du contexte du livre entier que nous avons déjà traité ci-dessus. Nous voulons simplement dire que l’unité littéraire est parfois plus longue qu’elle ne semble. Parce qu’il était difficile d’inscrire un long document sur un seul parchemin, les œuvres plus longues étaient souvent divisées en petits « livres ». Ainsi, le passage de 1 Samuel à 2 Rois constitue une seule et même histoire (avec des parties plus petites). Les livres de 1 et 2 Chroniques représentent une autre histoire. Ensemble, Luc et Actes constituent une seule œuvre (bien que nos Bibles placent Jean entre les deux ; lisez Actes 1:1 et Luc 1:3).
Il arrive également que certaines histoires plus larges en contiennent des plus petites. Par exemple, plusieurs des histoires consignées dans Marc peuvent être lues comme des unités indépendantes contenant leurs propres leçons de morale. Certains érudits ont soutenu que l’Église primitive a utilisé ces histoires pour la prédication au même titre que certaines portions de l’Ancien Testament. Si cette observation est vraie, les érudits modernes reconnaissent que nous devons aussi situer ces histoires plus petites dans leur contexte plus large afin d’en tirer le maximum. On peut suivre le développement et le suspense dans le « complot » de Marc, et retracer les thèmes de l’Évangile du début à la fin. Cela nous évite de mal les interpréter. Par exemple, on pourrait lire Marc 1:45 et présumer que si on est envoyé par Dieu et qu’on accomplit la mission de Dieu comme Jésus l’a fait, il est fort possible que l’on soit populaire avec les masses. Mais si on lit l’ensemble de l’Évangile, on s’aperçoit que la foule a plus tard réclamé l’exécution de Jésus (Marc 15:11-15). La morale n’est pas que l’obéissance à Dieu conduit toujours à la popularité mais que la popularité est éphémère car les foules sont très influençables. Jésus a donc affirmé qu’il était plus important de faire des disciples que d’attirer les foules (Marc 4:9-20).


  • Tirer des leçons de l’histoire


Lire une histoire biblique comme une histoire vraie et ensuite apprendre des principes par analogie (apprendre par l’écoute comme, par exemple, les histoires des leçons que nos parents ont apprises dans la vie), ce n’est pas allégoriser. C’est lire ces histoires afin de les comprendre conformément à l’intention de l’auteur. Nous devons nous mettre à la place des premiers auditeurs de l’histoire, la lire dans le contexte du livre entier dans lequel elle apparaît et essayer d’y apprendre ce que les premiers auditeurs ont appris. Ce n’est qu’à partir de là que nous pourrons appliquer l’histoire aux situations et aux besoins actuels. De même, si nous passons outre à la signification ancienne, nous passerons également à côté de l’impact original de l’histoire. Une fois que nous avons compris ce qu’elle voulait dire à l’origine, nous devons alors réfléchir à la façon d’appliquer le passage à nos situations actuelles afin qu’il ait un impact similaire.
La plupart des récits comprennent des personnages. On peut essayer de déterminer si les exemples de personnages étaient bons ou mauvais en utilisant plusieurs méthodes : (1) Lorsque l’auteur et les lecteurs étaient de la même culture et que cette dernière considérait un acte comme étant mauvais ou bon, l’auteur pouvait présumer que les lecteurs savaient ce qu’il voulait dire, à moins qu’il ne soit en désaccord avec les points de vue culturels. (2) Si vous lisez le livre en entier, vous pouvez remarquer des modèles de comportement. Une évaluation du comportement dans un cas pourrait s’appliquer à des cas semblables de comportement dans ce livre. (3) En soulignant de façon délibérée les différences des personnages, on pouvait généralement voir quels exemples étaient bons ou mauvais.
Parfois nous apprenons à partir d’une histoire en analysant et en contrastant les personnages positifs et négatifs qui la composent. C’est ce que nous pouvons faire dans 1 Samuel ; aux chapitres 1 et 2, nous apprenons qu’Anne, qui était méprisée par les quelques personnes qui la connaissaient, était une femme pieuse, alors qu’Éli, le souverain sacrificateur, avait compromis son appel. Anne offre de « renoncer » à son fils Samuel pour le consacrer à Dieu ; le sacrificateur Éli qui refuse de « renoncer » à ses fils pour Dieu finit par les perdre, eux et tout ce qui lui appartenait. Après cela, l’histoire compare le jeune Samuel, qui écoute la voix de Dieu et communique son message, aux fils coupables d’Éli qui se servent de leur ministère pour s’enrichir et se vautrer dans l’immoralité sexuelle. Finalement, Dieu exalte Samuel et tue les serviteurs hypocrites. Plus loin, 1 Samuel oppose David à Saül. En analysant les différences entre eux, nous pouvons tirer des principes qui nous permettront d’accomplir l’appel de Dieu et d’éviter bien des dangers.
De tels contrastes apparaissent aussi dans le Nouveau Testament. Par exemple, dans Luc 1, Zacharie était un vieux sacrificateur respecté qui servait dans le temple de Jérusalem. Mais lorsque l’ange Gabriel lui apparaît, Zacharie se met à douter et il perd l’usage de la parole pendant quelques mois. Par contraste, l’ange Gabriel apparaît ensuite à Marie avec un message encore plus remarquable, mais elle croit. Si l’on considère son sexe, son âge, son statut social et le fait qu’elle soit à Nazareth plutôt que dans le temple, la plupart des gens auraient eu une plus haute opinion de Zacharie que de Marie. Mais le récit nous montre que Marie a répondu avec une plus grande foi et que par conséquent elle a reçu une plus grande bénédiction que Zacharie. De même, nous avons précédemment noté un contraste entre les mages qui voulaient voir Jésus pour l’adorer et Hérode qui voulait le tuer.
Il n’est pas toujours facile de faire la distinction entre les exemples positifs et les exemples négatifs, et la plupart des personnages bibliques, à l’instar de la plupart des personnages des histoires et de la biographie grecques, contenaient un mélange de caractéristiques positives et négatives. La Bible nous parle de gens qui ont réellement vécu, et nous apprenons, à partir de cet exemple, à ne pas idolâtrer certaines personnes en les considérant comme parfaites et à ne pas les diaboliser en les considérant comme entièrement mauvaises. Avant Jésus, Jean-Baptiste était le plus grand de tous les prophètes (Matthieu 11:11-14) mais il se posait des questions quant à l’identité de Jésus : était-il véritablement l’accomplissement de la prophétie (Matthieu 11:2-3) ? Après tout, Jésus guérissait les malades mais le jugement qu’il annonçait ne lui semblait pas suffisamment sévère (Matthieu 3:11-12). Jean-Baptiste était un homme de Dieu, mais il ne savait pas que le royaume allait venir en deux étapes parce que son roi allait venir deux fois. Faire la différence entre les exemples positifs et les exemples négatifs demande beaucoup de travail, mais cela est très enrichissant. Ce procédé nous pousse à nous plonger plusieurs fois dans l’histoire entière jusqu’à ce que nous puissions y découvrir les modèles qui nous donnent la perspective de l’auteur inspiré. La meilleure façon pour nous d’arriver à mieux comprendre le cœur de Dieu est de nous imprégner de sa Parole.
Nous pouvons souvent faire une liste des attributs positifs que nous pouvons tirer des personnages bibliques, surtout si le texte les qualifie de personnes justes. Prenons l’exemple de Joseph dans Matthieu 1:18-25. Le texte dit expressément que Joseph était un homme « de bien » (Matthieu 1:19). Avant de citer les leçons que nous pouvons en tirer, nous devons mentionner l’arrière-plan. Vu l’âge moyen auquel les Juifs se mariaient au premier siècle, Joseph avait probablement moins de vingt ans, et Marie était certainement plus jeune, peut-être environ 15 ans. Joseph ne connaissait probablement pas bien Marie ; des sources suggèrent que les parents ne permettaient pas aux couples galiléens de passer beaucoup de temps ensemble avant leur nuit de noces. Aussi, légalement parlant, les « fiançailles » juives liaient deux personnes comme dans le cas du mariage ; elles ne pouvaient être rompues que par le divorce ou par la mort d’un partenaire. Si la femme était accusée d’infidélité dans un tribunal, son père devait rendre au fiancé la dot qu’il avait payée, et le fiancé devait garder l’argent que la jeune femme avait ou devait apporter dans le mariage. S’il avait cherché à divorcer de Marie en privé, Joseph aurait probablement perdu tout cet argent.
Le récit aborde en premier lieu le thème de l’engagement: Joseph était juste, même s’il avait fait le projet de rompre avec Marie parce qu’il pensait qu’elle lui avait été infidèle, et l’infidélité était un délit très grave. Le texte nous enseigne également la compassion : même si Joseph croyait (à tort) que Marie lui avait été infidèle, il voulait rompre avec elle en secret pour minimiser sa honte, renonçant ainsi à tout dédommagement financier et à toute vengeance. Ici la « bonté » de Joseph (Matthieu 1:19) comprend aussi la compassion pour les autres. Le passage insiste plus tard sur la consécration : Joseph était prêt à porter la honte pour obéir à Dieu. La grossesse de Marie allait lui apporter la honte, peut-être pour le restant de sa vie. Si Joseph l’épousait, les gens allaient penser qu’il était l’auteur de la grossesse ou bien, ce qui est peu probable, qu’il était faible sur le plan moral en refusant de la punir selon la coutume. Dans tous les cas, à long terme, Joseph s’est chargé de la honte de Marie en obéissance à la volonté de Dieu. Enfin, nous abordons le thème du contrôle. Dans leur culture, chacun présumait qu’un homme et une femme qui se retrouvaient seuls étaient incapables de résister à leurs pulsions sexuelles. Mais, en obéissance à Dieu, Joseph et Marie se sont abstenus de rapports sexuels, même une fois mariés, jusqu’à la naissance de Jésus pour accomplir l’Écriture qui promettait non seulement une conception virginale mais aussi une naissance virginale (Matthieu 1:23, 25). Ce paragraphe contient d’autres leçons de morale (par exemple, concernant l’importance de l’Écriture dans Matthieu 1:22-23), mais celles que nous venons d’aborder sont celles qui ressortent le plus de la vie de Joseph.
Nous avons à présent l’occasion d’appliquer l’étude de la Bible à notre propre vie. On peut prendre un passage comme Marc 2:1-12 et citer les types de leçons de morale que l’on peut en tirer. Par exemple, les quatre hommes qui ont amené leur ami ont reconnu que Jésus était seul capable de répondre à leur besoin, et ils ont refusé de laisser quoi que ce soit les empêcher d’arriver jusqu’à Jésus (Marc 2:4). Marc qualifie leur détermination de « foi » (Marc 2:5). Parfois, avoir la foi, c’est refuser de laisser quelque chose ou quelqu’un nous empêcher de rechercher Jésus pour nous-mêmes ou (comme dans le cas présent) pour les besoins d’un ami. Une autre leçon importante est que Jésus répond à leur foi d’abord par le pardon (Marc 2:5) parce que c’est la première priorité de Christ. Nous pouvons aussi noter en passant que les responsables religieux s’opposent à l’enseignement de Jésus (Marc 2:6-7). Les dirigeants religieux ne sont pas tous prêts à accepter ce que Dieu a à leur dire ! Bien que le pardon soit la première priorité de Christ, il est aussi prêt à accorder le miracle que ces hommes attendent et à démontrer sa puissance par des signes (Marc 2:8-12). Il n’était pas un rationaliste occidental qui doutait de la réalité du phénomène surnaturel !
On pourrait subdiviser certaines de ces leçons et peut-être même en tirer d’autres leçons. Mais, comme nous l’avons remarqué ci-dessus, nous devons toujours nous assurer que les leçons tirées sont justes à la lumière du contexte plus large. Comme nous l’avons noté plus haut, bien que Jésus ait été populaire (Marc 2:1-2), cela ne veut pas dire qu’un tel ministère engendrera systématiquement la popularité, car plusieurs ont ultérieurement demandé sa crucifixion (Marc 15:11-14). Nous ne devons pas non plus lire dans le texte quelque chose qui n’y est pas clairement mentionné. Par exemple, nous ne devons pas voir la réponse à « leur foi » dans Marc 2:5 comme signifiant que le Seigneur pardonnera les péchés des autres à cause de notre foi. Le texte ne dit pas que le paralytique n’avait pas de foi. (On suppose que s’il n’avait pas fait preuve de foi, il aurait protesté auprès de ses amis qui le faisaient descendre par le toit.)
Certains passages ne renferment pas autant d’applications que celui-ci. L’histoire de la découverte de l’abandon des tentes araméennes par les lépreux (2 Rois 7:3-10) fait partie d’une histoire plus large concernant la provision de Dieu pour Israël, le jugement de ceux qui doutaient de son prophète et la façon dont Dieu pouvait annuler le jugement qu’il avait prononcé contre la nation en faisant preuve d’une miséricorde extraordinaire selon son message prophétique. En même temps, cette unité plus petite fournit certaines perspectives qui entrent dans le cadre d’un modèle plus large de l’Écriture. Dieu n’a pas permis à des puissants (cf. 2 Rois 7:2) mais à des lépreux exclus de la ville (2 Rois 7:3) de faire une telle découverte, des gens désespérés qui n’avaient plus rien à perdre (2 Rois 7:4). La Bible indique que Dieu choisit souvent ce genre de personnes.
Parfois, lorsque je dirige des études bibliques, je prends un passage comme Marc 2:1-12, quelques versets à la fois, et je demande aux gens de réfléchir aux leçons que l’on pourrait tirer du texte ; ainsi, ils commencent à réfléchir sur la façon d’étudier la Bible. Lorsque les réponses s’éloignent trop du sujet, je les ramène au texte. On devient plus précis au fur et à mesure que l’on s’exerce, mais il faut être patient lorsqu’on enseigne aux étudiants à lire la Bible et à la comprendre. Alors que j’enseignais un cours d’école du dimanche pour des garçons âgés entre 10 et 13 ans, je leur ai simplement demandé de lire certains passages de l’Écriture ; ensuite, je leur ai donné l’arrière-plan et nous avons discuté de la Parole de Dieu. Cela leur a permis de tirer des leçons du texte. Conscients de leurs problèmes quotidiens, ils pouvaient réfléchir aux différentes façons d’appliquer ces leçons à leurs vies, des applications beaucoup plus appropriées que je n’aurais pu trouver moi-même. Après quelques semaines, j’ai confié la direction de la prochaine étude biblique à un garçon de 13 ans ; je lui ai simplement fourni l’arrière-plan. Il dirigea la discussion aussi bien que j’aurais pu le faire. Un autre garçon de 10 ans le fit la semaine d’après. Ce que je cherche à montrer ici, c’est qu’une fois que nous enseignons aux autres comment étudier la Bible, et aussi longtemps que nous sommes là pour les aider durant leur apprentissage, ils peuvent à leur tour aider les autres. Que Dieu nous préserve de garder nos connaissances pour nous-mêmes !


  • Pouvons-nous apprendre à « enseigner » à partir des récits ?

Certains théologiens modernes ne croyaient pas vraiment à l’apprentissage de « la doctrine » ou (littéralement) de « l’enseignement » à partir d’un récit. Le passage de 2 Timothée 3:16 déclare clairement que toute Écriture est utile pour enseigner ; donc, pour éliminer la fonction narrative des récits, ces théologiens devaient également nier que ces récits faisaient partie de l’Écriture ! Mais comparés à d’autres genres littéraires, les récits constituent la plus grande partie de la Bible, et Jésus et Paul enseignent tous deux à partir des récits de l’Ancien Testament (par exemple : Marc 2:25-26 ; 10:6-9 ; 1 Corinthiens 10:1-11)2.
Si aucun enseignement ne pouvait être tiré des récits, il n’y aurait alors aucune raison d’avoir différents évangiles. Parce que Jésus a beaucoup agi et enseigné, aucun évangéliste ne pourrait nous dire tout ce qu’il a fait et dit (c’est ce que Jean 21:25 affirme de façon explicite). Au lieu de cela, chaque évangéliste insiste sur certains points concernant Jésus, de même que nous le faisons lorsque nous lisons ou prêchons à partir d’un texte biblique. Cela veut dire que lorsque nous lisons des histoires bibliques, nous apprenons non seulement les faits historiques au sujet de ce qui est arrivé, mais nous écoutons aussi la perspective de l’auteur inspiré sur ce qui est arrivé, c’est-à-dire les leçons à tirer de l’histoire. Lorsque l’auteur prêche à partir des histoires qu’il raconte, il nous donne souvent des indices qui nous permettent de reconnaître les leçons que nous devons en tirer. Par exemple, il choisit souvent des histoires avec un thème fondamental (ou des thèmes fondamentaux) qui accentuent de façon répétée des leçons particulières.
Toutefois, malgré certains exemples historiques considérables concernant l’utilisation des précédents historiques bibliques, plusieurs théologiens suggèrent qu’on est libre de trouver dans un récit seulement ce qui est clairement enseigné dans les portions « plus claires » et « didactiques » de l’Écriture. Bien que certains de ces théologiens figurent au nombre des exégètes les plus compétents des autres parties de l’Écriture, je dois protester ici que leur approche des récits bibliques enfreint les règles les plus fondamentales de l’interprétation biblique, et en pratique, elle met en péril la doctrine de l’inspiration biblique. Paul n’a-t-il pas dit que toute Écriture est inspirée et donc utile pour « enseigner » et pour « instruire » (2 Timothée 3:16) ? J’avoue que je ne comprends pas certaines portions de l’Écriture (par exemple, à quoi servent les généalogies du livre des Chroniques ?). Mais d’autres endroits obscurs ont pris un sens nouveau pour moi après avoir compris le contexte culturel qu’ils adressaient (par exemple, le plan du Tabernacle dans l’Exode). Certains textes sont plus utiles que d’autres pour aborder des situations ordinaires, mais tous les textes bibliques traitent une situation ou une autre.
Un des principes les plus fondamentaux de l’interprétation biblique est que nous devons nous demander ce que l’auteur voulait transmettre à ses contemporains. Ce principe s’applique tant aux récits comme les évangiles qu’aux épîtres comme Romains. S’il avait été possible d’écrire un évangile « neutre » capable de traiter toutes les situations de façon universelle, la Bible l’aurait sans doute inclus. Au lieu de cela, la Bible nous offre quatre évangiles, chacun insistant sur certains éléments différents des enseignements et de la vie de Jésus afin d’annoncer que Jésus a le pouvoir de répondre aux besoins des lecteurs de façons pertinentes (ce qui nous fournit aussi un modèle sur la façon dont nous devons annoncer la bonne nouvelle de Jésus à nos auditeurs). La méthode que Dieu a choisie pour nous donner la Bible est plus importante que la façon dont nous aurions souhaité qu’il nous la donne.
Plus important encore, nous devons d’abord lire chaque livre comme une seule unité parce que c’est ainsi que Dieu a originellement inspiré ces livres. Dieu a inspiré les livres de la Bible, comme Marc ou Éphésiens, l’un après l’autre, inspirant les auteurs à traiter certaines situations spécifiques. Les premiers lecteurs de Marc ne pouvaient pas se référer à l’épître aux Éphésiens ou à l’évangile de Jean lorsqu’ils voulaient comprendre un point obscur de l’évangile de Marc ; ils devaient lire et relire Marc en entier jusqu’à ce qu’ils saisissent la signification du passage en question. Lorsque nous lisons un passage consigné dans un de ces livres bibliques, nous devons le lire à la lumière du message et de l’argumentation globaux du livre. Nous devons aussi lire le livre à la lumière des passages qui le constituent.
Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas comparer les résultats de notre étude de l’épître aux Éphésiens à ceux de notre étude de l’évangile de Marc. Mais lorsque nous avons recours à l’épître aux Éphésiens avant d’avoir terminé notre examen de l’évangile de Marc, nous ne tenons en quelque sorte aucun compte du caractère de l’évangile. Par exemple, l’opposition que Jésus rencontre lorsqu’il guérit un paralytique nous montre que nous pouvons nous attendre à être en butte à l’hostilité lorsque nous faisons la volonté de Dieu. Cette opposition à Jésus, qui commence dans les premiers chapitres de Marc et atteint son point culminant à la croix, est semblable aux souffrances auxquelles doivent s’attendre les croyants (Marc 8:31-38 ; 10:33-45 ; 13:9-13 ; 14:21-51). Marc appelle les chrétiens à persévérer. Le fait que Marc fournisse des exemples négatifs de ce principe (par exemple, Marc 14:31-51) renforce ce point (même si cela montre l’insuffisance des chrétiens à répondre à cet appel par leurs propres efforts).
La plupart des cultures mondiales enseignent des leçons à partir d’histoires. La plupart des théologiens qui remettent en question l’utilisation des récits sont, par contraste, des Occidentaux ou des personnes formées à l’occidentale, des rejetons du Siècle des Lumières. En fait, certains Occidentaux pensent même que les histoires bibliques ne sont pas à la portée de tous. Même aux États-Unis, les églises noires se sont spécialisées, et ce, pendant des générations, dans la prédication narrative. Dans la plupart des églises, les enfants grandissent en aimant les histoires bibliques jusqu’à ce qu’ils deviennent adultes et que nous leur enseignions qu’ils doivent maintenant penser de façon abstraite plutôt que d’apprendre à partir d’illustrations concrètes. Ce n’est pas parce notre méthode traditionnelle d’extraction de la doctrine biblique ne fonctionne pas bien avec les récits que les histoires bibliques n’ont aucun message à communiquer. Au contraire, cela montre combien notre façon d’appliquer la méthode traditionnelle d’interprétation est inadéquate, et ce, parce que nous ignorons une grande partie de la Parole de Dieu.
Lorsque les disciples de Jésus écrivaient le Nouveau Testament, chacun, selon sa propre culture, était conscient du fait que le récit communiquait des principes moraux. Les biographes et les historiens s’attendaient à ce que les lecteurs tirent des leçons de leurs exemples, que ces leçons soient négatives ou positives. Les étudiants récitaient ces histoires lors d’exercices réguliers à l’école élémentaire ; à des niveaux plus avancés d’éducation, ils apprenaient comment mettre ces exemples en application pour en tirer des leçons de morale.
Exiger l’utilisation des portions non narratives de la Bible pour interpréter les récits n’est pas seulement un manque d’égards pour les portions narratives, mais aussi une façon peu éclairée de les lire. Tout le monde reconnaît, par exemple, que les lettres de Paul sont des documents « de circonstance », c’est-à-dire qu’elles traitent de situations et d’événements bien particuliers. Ainsi, si la Sainte Cène n’avait pas été un sujet de controverse à Corinthe, nous n’aurions pas su grand-chose à son sujet, hormis ce qu’en disent Matthieu, Marc et Luc. Si nous interprétons les portions narratives en nous appuyant uniquement sur d’autres parties de la Bible, nous pourrions penser qu’aujourd’hui la Sainte Cène est entièrement facultative. Nous voyons que Jésus se base sur le récit pour instruire ses disciples à propos de la Sainte Cène ; cela étant, nous pouvons toujours protester que son objectif était de limiter son enseignement à un groupe de disciples trié sur le volet. C’est ainsi qu’il y a quelques centaines d’années, plusieurs protestants ont minimisé l’importance de la Grande mission ; de même, aujourd’hui, plusieurs chercher à minimiser l’importance des enseignements des évangiles et des Actes des apôtres au sujet des signes soutenant et confirmant l’évangélisation.
L’approche « doctrinale » traditionnelle est non seulement insuffisante pour interpréter les évangiles mais aussi non indiquée lorsqu’il s’agit d’interpréter les épîtres. La façon « narrative » d’interpréter les histoires bibliques nous montre en fait comment lire les épîtres selon l’intention originale de l’auteur. Paul a écrit pour adresser les besoins spécifiques des églises (et rarement pour simplement envoyer des salutations). Alors que les principes auxquels Paul a recours sont éternels et s’appliquent à une multitude de situations, Paul les exprime de façon concrète pour aborder ces situations spécifiques. Avant de pouvoir saisir ces principes, nous devons souvent reconnaître les situations qu’il a abordées. Les mots concrets que Paul associe à certaines situations constituent des études de cas qui nous montrent comment faire face aux situations similaires que nous pourrions rencontrer encore aujourd’hui. Les lettres pauliniennes présupposent une sorte de récit d’arrière-plan ; il répond aux événements et situations de ses auditeurs. En d’autres termes, même les lettres de Paul doivent être considérées comme des exemples. C’est de cette façon que Paul a lu l’Ancien Testament, tirant une théologie (surtout un enseignement moral) des exemples vétéro-testamentaires (1 Corinthiens 10:11).
Je soupçonne que plusieurs érudits (y compris moi-même, à mes débuts) ont eu du mal à extraire une théologie des récits, surtout à cause de notre formation académique occidentale. Dans le monde de l’académie théologique, on peut se contenter de traiter les problèmes importants comme la christologie et ignorer d’autres problèmes nécessaires, comme les abus domestiques et comment témoigner de Christ sur son lieu de travail. Mais les pasteurs, ceux qui ont l’habitude de rendre souvent témoignage et d’autres serviteurs de Dieu ne peuvent se permettre de passer outre aux problèmes qui dépassent les limites des catégories doctrinales traditionnelles. (Nous ne devons pas oublier que ces catégories doctrinales générales étaient établies par des théologiens médiévaux qui pouvaient souvent se permettre de se retirer des problèmes quotidiens avec lesquels la plupart de leurs contemporains luttaient. Les problèmes qu’ils traitaient étaient importants, mais ils ne touchaient que la surface !) Je crois que plus nous serons forcés d’aborder les mêmes genres de situation que rencontraient les auteurs bibliques, et mieux nous arriverons à interpréter leurs écrits. À partir de ce moment-là, nous devrons réadapter la vie et la foi de l’Église à l’Écriture.
Attention ! Nous ne devons pas oublier que toutes les actions humaines mentionnées dans l’Écriture ne sont pas censées être des exemples positifs, même si elles sont réalisées par des personnages généralement positifs. L’Écriture est réaliste lorsqu’elle considère la nature humaine, et elle révèle clairement nos faiblesses afin que nous soyons réalistes en ce qui concerne nos faiblesses et notre besoin de toujours dépendre de Dieu. Abraham et Sara ont tous deux ri lorsqu’ils ont entendu la promesse de Dieu (Genèse 17:17 ; 18:12-15). David aussi a presque craqué sous la pression lors de la poursuite de Saül et de la mort de Samuel ; il aurait pu tuer Nabal et ses hommes si Abigaïl n’était pas intervenue (1 Samuel 25:32-34). Consterné en voyant que rien de ce qu’il faisait ne pouvait arracher le contrôle d’Israël de l’emprise maléfique de Jézabel, Élie demande la mort (1 Rois 19:9). Découragé en voyant que personne n’écoutait son message, Jérémie maudit le jour de sa naissance (Jérémie 20:14-18). Jean-Baptiste a douté de l’identité de Jésus peu avant son exécution (Luc 7:19, 23). Pierre a renié Jésus trois fois (Marc 14:72). Comme l’a dit Paul, nous portons ce trésor dans des vases de terre afin que les gens reconnaissent que la puissance vient de Dieu (2 Corinthiens 4:7). Jésus est le seul à n’avoir fait preuve d’aucune faiblesse morale ; il s’est même identifié à nous dans la tentation (Marc 1:12-13 ; 14:34-42). L’Écriture montre les faiblesses des hommes et des femmes de Dieu afin que nous puissions voir qu’il n’existe aucun être spirituel surnaturel parmi nous ; il s’agit simplement d’hommes et de femmes qui dépendent de la puissance de l’Esprit parfait de Dieu qui seul a le pouvoir de nous accorder la victoire.


  • Les paraboles

Les paraboles sont un genre spécifique de récits qui diffère quelque peu des autres genres. Dans l’Ancien Testament et à l’époque de Jésus, des sages israélites ont utilisé diverses sortes d’enseignements graphiques pour communiquer leur sagesse de façon à encourager les auditeurs à la réflexion. Le proverbe fait partie de ces types d’enseignement, mais nous le traiterons plus tard. Les paraboles (mashal en hébreu) sont des comparaisons de longueur variable qui se prêtent parfois à l’allégorie (contrairement à la plupart des récits bibliques).
À l’époque de Jésus, les enseignants juifs communiquaient souvent des leçons de morale et des principes en racontant des histoires dans lesquelles un ou deux (ou parfois plusieurs) personnages pouvaient symboliser autre chose dans la réalité. Souvent, ils racontaient des histoires au sujet d’un roi qui aimait son fils ; le roi représentait Dieu et le fils symbolisait Israël. Donc, lorsque Jésus raconte des paraboles, ses lecteurs savaient ce qu’elles étaient et comment les interpréter.
Même si les paraboles de Jésus étaient parfois des analogies élargies dont les vérités étaient applicables dans la réalité (par exemple, les quatre types de sol différents dont il est question dans la parabole du semeur, Marc 4:3-20), elles comprenaient souvent certains détails qui étaient simplement nécessaires pour donner un sens à l’histoire ou pour faire d’elle une histoire qui se raconte bien. C’est aussi le cas pour d’autres paraboles juives de l’époque. Par exemple, lorsque le pharisien et le publicain prient dans le temple (Luc 18:10), le temple ne « représente » rien de particulier ; il s’agissait simplement du lieu de prière de prédilection des habitants de Jérusalem. Lorsque le propriétaire de la vigne construit un mur autour de sa vigne (Marc 12:1), notre objectif n’est pas de déterminer la signification du mur. Il s’agissait simplement d’une caractéristique normale des vignes, et cela oblige le lecteur attentif à reconnaître que Jésus fait allusion à la parabole de l’Ancien Testament consignée dans Ésaïe 5:5 car, dans ce passage, la vigne représente Israël.
Dans l’histoire du fils prodigue, le père représente Dieu, le plus jeune frère symbolise les pécheurs, et l’aîné représente les scribes et les pharisiens. Mais les pourceaux ne « représentent » rien de particulier ; ils illustrent simplement la sévérité de la souffrance et de la souillure du fils prodigue. Les prostituées (Luc 15:30) ne représentent pas les faux enseignements ou l’idolâtrie ou autre chose dans ce genre ; elles montrent simplement la façon immorale dont le fils a dilapidé l’argent de son père.
À présent, nous allons étudier plus en détail la parabole du bon Samaritain (Luc 10:30-35). Dans cette parabole, un homme « descendait » de Jérusalem à Jéricho lorsqu’il tomba entre les mains de voleurs qui le chargèrent de coups, le pillèrent et l’abandonnèrent à demi mort. Un sacrificateur et un Lévite passèrent outre, mais finalement un Samaritain lui porta secours et le conduisit dans une hôtellerie. Pour saint Augustin, un grand penseur et un père de l’église venant de la côte d’Afrique du Nord, cette parabole était un symbole de l’histoire de l’Évangile : Adam est « descendu » parce qu’il est tombé dans le péché. Il a été maltraité par le diable et il n’a pas été aidé par la loi, mais il a été finalement sauvé par Christ qui est le bon Samaritain. On peut prêcher cette interprétation et s’attendre à ce que des personnes se convertissent puisque, après tout, on prêche le message de l’Évangile. Mais on peut prêcher l’Évangile sans l’attacher à cette parabole. En fait ce n’est pas du tout ce que veut dire la parabole dans le contexte de l’évangile de Luc.
Dans Luc 10:29, un docteur de la loi demande à Jésus qui est son « prochain » que la Bible lui demande d’aimer (cf. Luc 10:25-28). Jésus répond que son prochain pourrait même être un Samaritain ; l’amour véritable doit aller au-delà des limites raciales, tribales et même religieuses. Ce n’était probablement pas la réponse à laquelle s’attendait le docteur de la loi. La réponse est assez choquante même pour pas mal de personnes aujourd’hui ; cela peut expliquer pourquoi tant de gens refusent d’accepter une telle signification ! Mais pourquoi l’homme « descendait »-il de Jérusalem à Jéricho ? Tout simplement parce que Jérusalem était située à une plus haute élévation que Jéricho ! Qui plus est, de nombreux brigands rôdaient sur la route de Jéricho (comme beaucoup de routes) ; un homme voyageant seul était une cible facile, surtout la nuit. Le sacrificateur et le Lévite qui sont passés de l’autre côté de la route (Luc 10:31-32) l’ont probablement fait pour éviter de se « souiller » sur le plan rituel ; plusieurs enseignants juifs affirmaient qu’une personne était souillée pendant toute une semaine si son ombre touchait un mort, et, à moins d’être très près, il n’était pas facile de voir si quelqu’un « à demi mort » (Luc 10:30) était vraiment mort ou vivant.
Le but de l’histoire est de montrer que certaines personnes très religieuses ne se sont pas montrées très amicales mais que celui dont on n’attendait pas grand-chose a fait preuve de bienveillance et de gentillesse. Peut-être que si nous racontions l’histoire aujourd’hui, nous parlerions d’un moniteur d’école du dimanche ou d’un pasteur qui est passé outre, mais un musulman ou un membre d’une tribu hostile a secouru la personne. Nos auditeurs pourraient réagir avec hostilité face à une telle comparaison, mais c’est exactement ainsi que les auditeurs de Jésus ont réagi à sa comparaison. Le « prochain » du docteur de la loi pouvait être un Samaritain, le nôtre pourrait être une personne que nous sommes tentés de mépriser. Jésus nous dit d’aimer tout le monde.


  • Les récits narratifs et l’histoire

Suivant l’influence du Siècle des Lumières occidental, plusieurs érudits occidentaux se sont mis à douter des miracles et par conséquent de l’historicité des récits bibliques. Une découverte après l’autre à partir du monde ancien a défié ce scepticisme ; de nouvelles tendances ont commencé à contester les anciens points de vue du Siècle des Lumières. Aujourd’hui, la plupart des érudits, chrétiens ou non, insistent davantage sur la signification du texte que sur sa relation avec l’histoire.
Mais l’Église primitive demandait aux leaders chrétiens de répondre aux objections soulevées contre la foi (2 Timothée 2:25-26 ; Tite 1:9) ; nous allons donc brièvement introduire certains de ces problèmes. Étant donné que la plupart de mes ouvrages sont basés sur les évangiles, ces derniers (dont j’affirme la crédibilité historique) m’aideront à illustrer les méthodes utilisées.
Si une personne sceptique mais honnête n’a aucune évidence pour ou contre la crédibilité des évangiles, doit-elle accepter les évangiles ou en douter ? Les érudits affirment de plus en plus que les évangiles sont des biographies anciennes, ce qui veut dire qu’au moins ils sont considérablement crédibles sur le plan historique. Ils entrent dans le cadre des caractéristiques des biographies anciennes et pas dans celui des autres genres. Ainsi, même un sceptique doit reconnaître leur crédibilité historique.
Après avoir soulevé certaines questions historiques, ces érudits du dix-neuvième siècle ont constaté que certaines parties de la Bible se chevauchaient, par exemple, les Rois et les Chroniques, ou Marc et Matthieu. Ils ont ainsi développé une méthode appelée « l’histoire de source » ; celle-ci s’attache à reconstruire les sources que les historiens bibliques ont utilisées. S’ils dépendaient clairement des premières sources, ils ne pouvaient donc pas inventer des choses de toutes pièces. Plusieurs passages bibliques mentionnent leurs sources (Nombres 21:14 ; Josué 10:13 ; 2 Samuel 1:18 ; 1 Rois 14:19 ; 1 Chroniques 29:29 ; 2 Chroniques 27:7) ; 1 et 2 Chroniques citent un « livre des Rois » à dix reprises (neuf d’entre elles à partir de 2 Chroniques 16 et au-delà). Vu que les auteurs des évangiles ont écrit à une période proche de celle des événements qu’ils décrivaient, lorsqu’il est probable que certaines sources relataient des événements semblables, ils n’ont pas eu besoin de citer leurs sources. Ils montrent clairement que ces sources étaient disponibles (Luc 1:1). Bien que certains débats restent encore ouverts, le point de vue de la majorité des érudits est que Matthieu et Luc ont tous deux utilisé Marc et d’autres sources qu’ils avaient en commun.
Cependant, hormis un tel consensus fondamental, la source de l’histoire fournit peu de points de vue généralement acceptés. Les approches « copier/coller » du début du vingtième siècle (dans lesquelles les sceptiques raccourcissaient l’Écriture à leur convenance) sont maintenant presque universellement rejetées, diminuant la valeur des commentaires qui ont suivi. Nous savons aussi que les conteurs méditerranéens de l’Antiquité s’aidaient de plusieurs sources variées, y compris des traditions orales ; nous ne pouvons donc pas toujours savoir quel récit provient de quelle source.
Certains autres érudits ont avancé une méthode appelée « histoire de forme » ; les œuvres et l’enseignement de Jésus ont été relatés sous plusieurs formes littéraires différentes. Certaines de ces formes distinctes (telles que les paraboles) sont claires, mais les historiens traditionnels ont trop spéculé sur la forme de prédilection de l’église, et la plupart de leurs premières spéculations ont été réfutées par des chercheurs plus récents.
Les érudits sont passés à l’histoire-rédaction, ou l’histoire éditoriale. Si Matthieu a utilisé Marc comme source, alors pourquoi Matthieu révise-t-il ou adapte-t-il Marc de la façon dont il l’a fait ? Les biographes anciens étaient entièrement libres de remanier leurs sources et de les reformuler. Une simple comparaison entre Matthieu, Marc et Luc indique qu’ils n’ont pas toujours suivi la même suite d’idées ou utilisé les mêmes mots pour décrire un même événement ; il faut s’attendre à de telles différences. Lorsque nous trouvons des modèles consistants dans la révision de Matthieu, nous pouvons alors identifier les points que Matthieu voulait accentuer et donc comprendre ce qu’il voulait communiquer à ses premiers auditeurs. Quoi qu’il en soit, certains historiens adeptes de la rédaction étaient trop sûrs d’eux pour pouvoir comprendre la raison de certains changements. Des érudits plus récents ont réalisé que certains changements étaient simplement d’ordre stylistique ou bien destinés à raccourcir un texte qu’ils jugeaient trop long !
Chacune des approches ci-dessus a quelque chose à apporter ; les érudits modernes en ont retenu deux. La première comprend des formes variées de la critique littéraire, une composante fondamentale de ce qui permet généralement de lire chaque livre comme un ensemble pour en comprendre la signification. La seconde est l’approche socio-historique qui accentue ce que nous avons appelé l’« arrière-plan ». Presque tous les érudits bibliques aujourd’hui, en allant des « conservateurs » aux « libéraux », reconnaissent la validité de ces deux approches.
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