Politique et vérité







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Politique et vérité




Nous sommes périodiquement sommés de faire notre « devoir de citoyens ». La plupart d’entre nous vaquent à leurs occupations privées et professionnelles selon les multiples nécessités de la vie commune ; quelques-uns comme les artistes ou les penseurs vouent leur vie à une cause qu’ils n’ont pas choisie (la peinture, la philosophie, etc.) et à la production d’une œuvre dont, si c’en est une, le sens leur échappera toujours. D’eux, les communs qui savent ou les déchirés qui ne savent pas, on peut dire qu’ils ne « font » pas de politique : c’est par ailleurs (hors des soucis privés, hors de la nécessité de l’œuvre) qu’ils se reconnaissent des responsabilités de citoyens. Cela signifie que pour eux la question de la politique et la question de ce qui compte dans la vie sont disjointes : elles ne sont rassemblées que par l’importance plus ou moins grande des orientations collectives dans la vie de chacun. Ce n’est pas l’avis des militants de toutes obédiences : pour eux, la politique compte, puisqu’ils tiennent d’elle leur réalité subjective (des pensées, des projets, des solidarités, des exclusivités…) ; d’eux, on peut donc dire qu’ils « font » de la politique. Par exemple ils sont inscrits dans le parti dont les orientations sont les plus proches des leurs, dont le programme correspond le mieux à l’idée qu’ils se font de ce qui est souhaitable pour la société. En quoi ils avèrent la réalité de la politique comme celle d’une possibilité (oui, la politique existe : on peut en faire l’essentiel de sa vie) qui soit elle-même l’ouverture d’autres possibilités (on peut être de droite ou de gauche).

Or cette évidence n’est pourtant pas une vérité : il ne va pas de soi que la politique existe, puisque sa notion s’oppose à celle de la gestion et que toutes les difficultés de la vie peuvent être ramenées à des problèmes de gestion – des problèmes dont on pourra éventuellement reconnaître le caractère aporétique, mais dont la réalité sera toujours comprise selon les nécessités de ce qu’on peut globalement appeler le service des biens. De fait, on peut toujours dire que rien n’est politique : il y a des nécessités individuelles et des nécessités collectives, dont la nécessité de les déterminer et de les concilier relève d’un savoir qu’on appellerait, disons, la gestion sociale. Pareillement la notion de la politique s’oppose à celle de l’idéologie où toutes les réponses sont données avant même qu’on ait posé les questions : on n’a jamais à délibérer sur la singularité des cas ni par conséquent à se décider, mais seulement à appliquer une doctrine d’autant plus étrangère à la politique comme ordre de décisions et par conséquent de nouveauté qu’elle en systématise et en sature l’idée. La gestion et l’idéologie sont donc l’envers l’une de l’autre comme des semblants : la première est la réalité de la politique sans la politique et la seconde l’idée de la politique sans la politique.

Alors il existe une quatrième catégorie de personnes à considérer : celles qui sont, consciemment ou non, chargées d’assumer ce paradoxe : non plus les militants mais les responsables politiques. Eux, leur question n’est pas tant de faire de la politique que de faire, en tant que responsables, qu’il y ait de la politique puisqu’il n’est pas naturel qu’il y en ait – s’il est vrai qu’il appartient constitutivement à la politique qu’on y décide de la politique elle-même.

Car ce qui n’existe pas naturellement et qui ne peut en ce sens avoir de réalité acquise une fois pour toutes, il faut décider que cela existe, comme dans l’exemple du géomètre qui décide de n’avoir affaire qu’à des idéalités (par exemple le cercle dont on développera les propriétés) bien qu’il n’y ait rien d’autre que des réalités (de fait, il n’y a dans le monde que des choses plus ou moins rondes). Comme la géométrie advient idéalement à elle-même en refusant d’être une rationalisation de l’arpentage, la politique le fait en refusant d’être une subjectivation des nécessités réelles de la gestion et des nécessités idéales de la doctrine, et par conséquent de relever du service des biens réels ou idéaux dont on imagine habituellement qu’elle est une région. Et ce refus, c’est la décision politique, en tant qu’elle est en même temps décision de la politique à l’encontre de ces nécessités humaines que sont la gestion (réalité) et l’idéologie (idéalité). C’est de n’être ni triviale gestion ni sublime idéologie que la politique est la politique. La maxime « Écartons tous les faits » (le géré, l’idéologique) permet ainsi de poser la question de la politique : celle d’une distinction dont un certain sujet, par là même auteur de la politique, soit spécifiquement responsable.

Ce sujet, en faisant qu’il y ait la politique à l’encontre des nécessités de la gestion et de l’idéologie, la sort en même temps de la nécessité des biens et de celle des idées. Cela signifie qu’il lui donne un enjeu dont on peut dire dans un premier temps qu’il est la politique elle-même : de toute question dont on sera amené à traité, il faut que la réponse soit politique – quelle que soit par ailleurs la nature de cette question. Cela signifie aussi que l’enjeu de la politique ne peut pas plus être celui de la gestion qu’il ne peut être celui de l’idéologie, dont le paradoxe est qu’il soit le même – celui qu’on a depuis Platon identifié sous le nom de Bien. Il n’y a en effet de gestion que comme service des biens, autrement dit promotion du bien dans les diverses occurrences de la vie (la santé est le bien pour le corps, etc.), et d’idéologie qu’à ce qu’on l’entende comme l’indication de ce qu’il faudrait finalement être et donc finalement faire.

Par politique, c’est par conséquent le rupture avec le Bien qu’on doit forcément entendre, alors même qu’on se représente le contraire en en faisant le nouage de la gestion et de l’idéologie, c’est-à-dire en méconnaissant la nécessité pour elle d’être non pas tant son propre fait (le fait de la politique, c’est la gestion ou c'est l’idéologie) mais sa propre décision (il n’y a de décision politique que comme décision de la politique).

Quel est alors l’autre radical du Bien, second terme d’une alternative qu’il faudra donc dire originelle et dont le responsable politique soit, comme tel, responsable ? Forcément quelque chose dont la pensée soit en même temps celle de cette responsabilité...
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