Les trois moments dogmatiques de l’icône







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L’ICÔNE

DANS LA TRADITION ORTHODOXE
Stéphane Bigham
MÉDIASPAUL

Du même auteur :
Les Chrétiens et les images, Éditions Paulines, Montréal, Québec, 1992.

Études iconographiques, Éditions Axios, Nethen, Belgique, 1993.

Données de catalogage avant publication (Canada) Bigham, Stéphane, 1944
L’icône dans la tradition orthodoxe

Comprend des réf. bibliogr.
ISBN 2-89420-265-2
1. Icônes. 2. Arts - Aspect religieux - Église orthodoxe. 3. Image de Dieu. 4. Peintres d’icônes. I. Titre.
BX378.5.853 1995 246’.53 C95-940759-6
Composition et mise en page : Médiaspaul

Maquette de la couverture : Mike Lorie
ISBN 2-89420-265-2
Dépôt légal — 2e trimestre 1995

Bibliothèque nationale du Québec

Bibliothèque nationale du Canada
© 1995 Médiaspaul

3965, boul. Henri-Bourassa Est

Montréal, QC, H1H ILI (Canada)
Médiaspaul

8, rue Madame

75006 Paris


Tous droits réservés pour tous les pays.

À Denise

Pour leur collaboration, remerciements à :
Hélène Apraxine

Père Antoine Athanassiadis

Père Daniel Baeyens

Dr Constantin Cavarnos

Yves Drolet

Arminé Keuchgerian

Père Maxime Lysack

Nathalie Labrecque-Pervouchine

Le moine Macaire

Paul Miklachevsky

Horia Roscanu

Mgr Sylvestre

Alexandre Tcherkassoff

Alain Vallée

Svetla Vélikova
CHAPITRE I

Les trois moments dogmatiques de l’icône
Introduction
L’existence de l’icône, surtout l’icône du Christ le Fils de Dieu, pose une question fondamentale à la tradition chrétienne : est-il possible de « faire » une image de Dieu ? Et si la réponse est affirmative, il faut se demander comment. En affirmant que Jésus de Nazareth est « l’image du Dieu invisible », pleinement Dieu et pleinement Homme, la tradition biblique et ecclésiale identifie une image du Christ à une image de Dieu. Plus spécifiquement, une image du Christ est une image de l’image de Dieu. Les images des saints ou des événements, soit de la Bible ou de l’histoire de l’Église, sont d’un autre ordre parce qu’elles ne représentent que des êtres humains. L’Église a donc dû former sa pensée sur l’existence de ces deux catégories d’images chrétiennes, celles des hommes et celles de l’Homme-Dieu.
À une certaine époque, l’Église s’est vue forcée de formuler et d’exprimer sa pensée sur une pratique contestée, c’est-à-dire l’iconographie. Bien avant la crise iconoclaste des VIIle et IXe siècles, elle produisait des images du Christ, des saints et des événements de l’histoire sainte sans se livrer sérieusement à une réflexion théologique approfondie sur cette activité. Cependant, dans la lutte sanglante entre les iconoclastes et les iconodoules — ceux qui niaient la possibilité de faire des images chrétiennes et de les vénérer, d’une part, et ceux qui affirmaient cette possibilité, d’autre part —, l’Église de l’Occident latin et de l’Orient grec a défini, en pensée et en paroles humaines, la signification de sa pratique artistique. Les iconoclastes byzantins attaquaient les icônes, d’abord celles du Christ et ensuite celles de n’importe quel saint, en les identifiant à des idoles. Par les voix de Jean Damascène, du concile de Nicée II, de Théodore Stoudite et de Nicéphore de Constantinople, les iconodoules ripostèrent en affirmant non seulement la possibilité mais la nécessité de faire l’image du Dieu-fait-chair ainsi que de ses amis les saints. Refuser une telle tradition iconographique équivaut à une atteinte au cœur de l’Évangile lui-même, c’estàdire à l’Incarnation.
Nous vivons, même aujourd’hui, dans et selon la Tradition, contestée mais affermie et affirmée pendant l’iconoclasme ; mais, pour la comprendre théologiquement, il faut bien saisir la signification des trois moments dogmatiques qui la soutiennent. Ces moments sont associés à trois endroits et à trois dates : 1) au Sinaï, vers l’an 1270 avant J.C., l’interdiction de toute image du Dieu invisible ; 2) à Nazareth, en l’an 4 avant l’ère chrétienne, le passage de l’invisibilité de Dieu à sa visibilité ; et 3) à Nicée, en l’an 787, la précision de la nature de l’icône et de sa vénération. Ceux qui se réclament de la Tradition ecclésiale sur les icônes croient que Dieu a agi à ces moments historiques pour exprimer sa volonté. Les révélations résultant de ces interventions divines forment, entre autres choses, le fondement dogmatique de l’icône. Dans ce premier chapitre, nous examinerons ces trois moments afin de mieux comprendre la nature de l’icône, cette image porteuse de mystère.
1. LE PREMIER MOMENT DOGMATIQUE
Le premier moment dogmatique prend place au Sinaï, vers l’an 1270 avant J.C., par l’interdiction de faire l’image du Dieu invisible.
Le Dieu invisible
Au moment de la transformation d’un groupe de réfugiés en peuple de Dieu, le Seigneur s’est fait connaître à Moïse et à Israël comme le Dieu invisible, essentiellement invisible, n’ayant aucune forme et ne pouvant être représenté par rien dans la création. Il est important de noter que cette révélation prend la forme verbale d’une négation. Dieu n’est pas visible ; il n’a aucune forme. Nous avons ici la pierre angulaire de la théologie négative, ou apophatique, qui préfère nettement parler de Dieu en disant ce qu’il n’est pas, invisible, au lieu de dire ce qu’il est. Nous ne savons pas, et ne pouvons pas savoir non plus, ce qu’est Dieu dans son essence, en termes affirmatifs. Nous savons quelque chose de son action dans la création, mais sa nature est impénétrable : Ps 17, 12, « Il fait de l’obscurité sa retraite ; pour tabernacle, il s’entoura d’une sombre vapeur, parmi les nuées du ciel » ; Ps 96, 2, « La nuée et les ténèbres l’entourent... »
Il est possible de parler de Dieu en termes affirmatifs mais, dans ce cas, les mots attribués à Dieu ont un sens symbolique et non littéral : Ps 22, 1, « Le Seigneur est le pasteur qui me conduit » ; 2 S 22, 31-33, « Il est le bouclier de tous ceux qui l’ont pour refuge. [...] Qui donc est le Roc sinon notre Dieu ? Ce Dieu est ma place forte... » En imagerie, il n’est pas impossible d’évoquer la présence de Dieu à travers des symboles indirects : l’arche de l’alliance, un trône, même une main. Ce ne sont pas vraiment des images de Dieu mais des signes qui nous font penser à celui qui est invisiblement présent. Aucune image directe de sa personne, aucun mot ne peuvent capturer Dieu et l’exprimer.
La révélation de l’invisibilité de Dieu est contenue dans le 2e commandement qui prend plusieurs formes dans les premiers livres de la Bible.
Ex 20, 4-5 : Tu ne feras pas d’idole, ni rien qui ait la forme de ce qui se trouve au ciel là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux sous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas, car c’est moi le Seigneur, ton Dieu, un Dieu jaloux.
Ex 34, 17 : Tu ne te feras pas de dieux en forme de statue.
Lv 19, 4 : Ne vous tournez pas vers les faux dieux, ne vous fabriquez pas des dieux en forme de statue. C’est moi, le Seigneur votre Dieu.
Lv 26, 1 : Ne vous fabriquez pas de faux dieux, n’érigez à votre usage ni idole ni stèle, et dans votre pays ne placez pas de pierre sculptée pour vous prosterner devant elle ; car c’est moi, le Seigneur, votre Dieu.
Dt 4, 15-18 : Prenez bien garde à vous-mêmes : vous n’avez vu aucune forme le jour où le Seigneur vous a parlé à l’Horeb, du milieu du feu. N’allez pas vous corrompre en vous fabriquant une idole, une forme quelconque de divinité, l’image d’un homme ou d’une femme, l’image de n’importe quelle bête de la terre ou de n’importe quel oiseau qui vole dans le ciel, l’image de n’importe quelle bestiole qui rampe sur le sol, ou de n’importe quel poisson qui vit dans les eaux sous la terre.
Deux sortes d’idoles
Dans un monde où toutes les divinités se rendaient visibles dans une image matérielle, sculptée ou peinte, le Seigneur d’Israël voulait proclamer qu’il est tout à fait autre que les dieux des nations, ces faussetés, ces « dieutelets », ces riens, et qu’il est radicalement dissemblable à eux. En cherchant à se démarquer des faux dieux des peuples, le Seigneur a barré le chemin vers sa « visibilisation » en image créée. Il a interdit à son peuple d’essayer de produire son image. Dieu n’a pas tellement interdit de fabriquer une image de lui, une telle tentative étant rigoureusement impossible (Is 40, 18, « À qui assimilerez-vous Dieu et quel simulacre placerez-vous à côté de lui ? ») ; il a défendu plutôt d’essayer de le faire. Essayer d’assimiler le Seigneur d’Israël à quelque chose de créé est déjà un blasphème, et l’image matérielle résultant de l’activité artistique ne serait qu’une idole. Nous avons donc la première définition d’une idole : une image matérielle du Dieu d’Israël.
Il y a, par contre, une deuxième sorte d’idole : une image matérielle d’un être qui ose prendre la place unique et jalousement gardée du Dieu d’Israël. Ces faux dieux rivaux, et leurs images, qui contestent le trône du Seigneur, il est formellement interdit à Israël de les reconnaître et de leur accorder quelque culte que ce soit. Le seul Dieu créateur, celui qui a appelé Abraham et a initié l’alliance avec Moïse et Israël, exige la totalité de la dévotion de son peuple. Les images des divinités païennes proclament deux faussetés insultantes et insupportables en face de Dieu : 1) il existe d’autres dieux que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, et 2) il existe des images matérielles qui peuvent le « visibiliser », qui peuvent le capturer et le manifester dans quelque chose de créé. Le peuple de Dieu doit pour toujours rejeter les images matérielles idolâtriques.
Une attitude idolâtrique
Le deuxième commandement vise non seulement la fabrication par Israël d’images idolâtriques mais également le culte rendu à de telles images. Dieu, et lui seul, peut recevoir l’adoration, c’est-à-dire le culte de latreia. Toute chose créée, qu’elle soit une image ou non, le soleil par exemple, qui est l’objet d’un culte divin, devient automatiquement une idole et attire la colère de Dieu. Les textes bibliques parlent du service de ces dieux, du prosternement devant eux, comme expression d’adoration détournée. D’autres actes corporels, ainsi que des paroles, peuvent également exprimer l’idolâtrie. Deux choses sont donc nécessaires pour que quelqu’un soit coupable de cette idolâtrie, offense suprême contre Dieu : 1) un geste ou une attitude exprimant l’adoration, et 2) une image prétendue de Dieu ou d’une divinité païenne.
On n’enfreindrait pas la Loi de Dieu tout simplement en étant dans la présence d’une idole (voir saint Paul à Athènes) ou en accomplissant certains gestes envers divers objets ou personnes (voir Gn 49, 8 où Jacob, en bénissant ses fils, dit ceci : « Juda, c’est toi que tes frères célébreront [...] les fils de ton père se prosterneront devant toi. »). Nous voyons que le but essentiel du 2e commandement est ceci : protéger l’ adoration du Dieu invisible en interdisant une attitude psychologique exprimée en paroles ou en divers gestes corporels envers une image matérielle de Dieu ou d’une divinité païenne.
Bien que la révélation du Dieu d’Israël, essentiellement invisible, et l’interdiction d’images idolâtriques soient à la base, dès le début, de l’expérience biblique de Dieu, le peuple d’Israël a pris un certain temps, et est passé à travers de nombreuses épreuves, avant d’apprendre à fuir les dieux faits-de-mains-d’homme et de se réfugier seulement en celui qui s’est révélé au Sinaï. Il semble qu’Israël ait obéi fidèlement à la première partie de l’injonction, c’est-à-dire de ne pas faire une image de Dieu lui-même. Les Israélites n’ont jamais essayé de faire l’impossible : forcer Dieu à franchir le gouffre entre l’invisible et le visible et le faire « couler » dans une image matérielle. La Bible ne parle pas d’une telle violation, et les archéologues n’ont jamais trouvé d’image soupçonnée être du Dieu d’Israël.
Le désir de voir Dieu
Nous comprenons bien maintenant la portée et le contenu du premier moment dogmatique, le Sinaï, qui soutient l’icône : Dieu est essentiellement invisible, son image matérielle est inexistante et toute tentative de faire une telle image est absolument interdite. Mais malgré l’intransigeance biblique envers les images faites-de-mains-d’homme de Dieu et des dieux, nous constatons dans l’Ancien Testament une nette tension entre le refus de visualiser Dieu et une tendance, même un désir, de le voir.
Nous lisons le récit de certains événements bibliques, appelés théophanies où, apparemment, Dieu se manifeste à ses serviteurs dans une forme plus ou moins visible. Ces théophanies de Dieu se divisent en quatre catégories : les apparitions a) de l’ange du Seigneur, b) « face-à-face », c) des énergies divines et d) sous forme humaine.
a) Apparitions de l’ange du Seigneur
Selon certains passages, Dieu, sous la forme d’un ange, souvent appelé « l’ange du Seigneur », se manifeste à quelqu’un et lui parle. Le mieux connu de ces épisodes est sans doute celui de la théophanie des trois visiteurs mystérieux chez Abraham, quand l’un d’eux annonce que Sara aura un fils (On 18-19, 29). Dans le récit biblique, il existe une réelle ambiguïté en ce qui concerne l’identité de ces visiteurs. Parfois, l’auteur les appelle « les anges », parfois « les hommes », parfois tous les trois « le Seigneur » ; parfois, il distingue entre eux pour désigner l’un « le Seigneur » et les deux autres par un autre nom. Bien que la Bible dise clairement que « le Seigneur apparut à Abraham », l’auteur est évidemment mal à l’aise devant la nécessité de décrire un événement où Dieu se fait voir physiquement. En adoptant ces diverses désignations pour nommer les visiteurs, il préserve le mystère de la présence et de l’invisibilité de Dieu et soulage sa propre anxiété.
D’autres passages montrent l’alternance entre « le Seigneur » et « l’ange du Seigneur » :
1) Gn 22, 1-19 : les deux désignations indiquent que Dieu parle, mais n’apparaît pas, à Abraham. L’un et l’autre, « le Seigneur » et « l’ange du Seigneur », lui ordonnent de sacrifier Isaac, et puis de ne pas le sacrifier.
2) Gn 16, 7-16 : le Seigneur/l’ange du Seigneur rencontre Hagar dans le désert et lui annonce qu’elle enfantera Ismaël.
3) Jg 6, 11-24 : l’ange du Seigneur/le Seigneur apparaît à Gédéon et le convainc de sauver Israël.
4) Jg 13, 1-22 : le Seigneur/l’ange du Seigneur/l’homme de Dieu/l’homme annonce la naissance de Samson à Manoah et à sa femme.
b) Apparitions « face-à-face »
L’expression biblique « face-à-face » est équivoque : elle peut avoir un sens concret ou figuré. Elle peut vouloir dire intimement, sans aucune connotation concrète de voir quelqu’un ou quelque chose directement. Dt 34, 10 véhicule cette signification métaphorique : « Plus jamais en Israël ne s’est levé un prophète comme Moïse, lui que le Seigneur connaissait face-à-face. » Nous voulons mettre de côté ces passages pour n’étudier que ceux qui ont un sens plus concret impliquant la vision oculaire.
Gn 32, 23-31 : « Un homme se roula avec lui [Jacob] dans la poussière jusqu’au lever de l’aurore. [...] Jacob appela ce lieu Peniël — c’est-à-dire Face-de-Dieu — car ”j’ai vu Dieu face-à-face et ma vie a été sauve”. » Qui est ce quelqu’un ? Un vrai homme ? Dieu lui-même ? ou un ange, comme dit Os 12, 5 ? Selon le texte de Genèse, ce personnage, à la demande de Jacob, refuse de se nommer, laissant planer ainsi le mystère de son identité. Dans cet épisode, Jacob sent la présence de Dieu, mais de là à dire que Dieu est un homme, on hésite. En identifiant le lutteur inconnu avec un ange, la tradition biblique subséquente, représentée par Os 12, 5, résout le problème et ainsi protège le mystère de Dieu.
Nb 12, 6-8 : « Le Seigneur dit : ”Écoutez donc mes paroles : S’il y a parmi vous un prophète, c’est en vision que je me révèle à lui, c’est dans un songe que je lui parle. Il n’en est pas ainsi de mon serviteur Moïse, toute ma maison lui est confiée. Je lui parle face-à-face dans l’évidence, non en énigmes, et il voit la forme du Seigneur.” » Ici Dieu parle à Moïse et se fait voir à lui. La conversation « face-à-face » contraste avec des énigmes. L’expression peut porter un sens figuré, la dernière ligne du verset dit que Moïse voit la forme de Dieu, ce qu’Israël n’a pas vu quand Dieu lui est apparu à l’Horeb (Dt 4, 18). Bien que l’hébreu dise « forme de Dieu », la Septante et la traduction syriaque parlent de la « gloire de Dieu » en atténuant l’anthropomorphisme trop gênant.
c) Apparitions des énergies divines
Dans une série de théophanies, le Seigneur se manifeste dans une brillance, dans une lumière, dans une gloire, parfois accompagnée d’une voix, mais sans aucune forme humaine. La tradition chrétienne orthodoxe appelle cette luminosité les « énergies divines ». Ces visions se conforment parfaitement à la distinction théologique de saint Grégoire Palamas, XIVe siècle à Byzance, entre l’essence inconnue et inconnaissable de Dieu et ses manifestations dans la création par ses énergies.
Ex 3, 2-6 : Dieu/l'ange de Dieu rencontre Moïse dans le buisson ardent et lui parle du feu, mais Moïse ne voit rien que le feu.
Ex 19, 9-25 : Le Seigneur rencontre le peuple d’Israël au Mont Sinaï et lui parle d’une épaisseur de nuée. Des éclairs, une nuée, de la fumée, du feu couvrent la montagne d’où parle le Seigneur. Ex 24, 16-18 ajoute que la gloire du Seigneur, comme un feu dévorant, voile la montagne pendant sept jours.
Plusieurs passages d’Ézéchiel mentionnent les visions du prophète dans lesquelles il voit la gloire du Seigneur : Ez 10, 1-5 relate la vision d’Ezéchiel concernant la restauration du Temple, celui qui a été détruit par Nabuchodonosor : « La maison [le Temple] fut remplie par la nuée tandis que le parvis était rempli par l’éclat de la gloire du Seigneur. »
d) Apparitions sous forme humaine
Dans cette dernière catégorie se trouvent des théophanies très descriptives ; elles décrivent des visions où le prophète voit non seulement la gloire de Dieu mais aussi une forme humaine. La question suivante se pose : si Dieu est invisible et si aucune image de lui n’est possible puisque rien de créé ne lui est semblable, comment se fait-il que les prophètes ont eu des visions anthropomorphes ? Nous reviendrons à cette question après avoir étudié les textes suivants.
Théophanies anthropomorphiques
Quatre passages relatent que plusieurs prophètes « ont vu le Seigneur », sans dire qu’une forme humaine était visible, mais ces textes s’apparentent à d’autres où un prophète prétend en avoir vu une.
Is 6, 1-5 : L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé. Sa traîne remplissait le Temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui.
1 R 22, 19 : Michée dit [au roi d’Israël] : « Écoute la parole du Seigneur. J’ai vu le Seigneur assis sur son trône et toute l’armée des cieux debout auprès de lui, à sa droite et à sa gauche. »
Am 9, 1 : Je vis mon Seigneur debout sur l’autel, qui disait...
Ex 24, 9-11 : Moïse monta, ainsi qu’Aaron, Nadav et Avihou, et soixante-dix des anciens d’Israël. Ils virent le Dieu d’Israël et sous ses pieds, c’était comme une sorte de pavement de lazulite...
Le prophète Ézéchiel va plus loin que les autres (Ez 1,26-28). La première vision d’Ézéchiel : « Et par-dessus le firmament qui était sur leurs têtes [les quatre êtres vivants], telle une pierre de lazulite, il y avait la ressemblance d’un trône ; et au-dessus de cette ressemblance de trône, c’était la ressemblance, comme l’aspect d’un homme, au-dessus, tout en haut. ...je vis comme l’aspect d’un feu et d’une clarté, tout autour de lui. [...] C’était l’aspect, la ressemblance de la Gloire du Seigneur. »
Ézéchiel a eu une deuxième vision semblable à la première, en Ez 8, 1-5, qui mentionne encore « une ressemblance, comme l’aspect d’un homme ». La TOB (note r, p. 633) nous informe, cependant, que l’hébreu dit « aspect d’un feu » tandis que le grec traduit « aspect d’un homme ». Ailleurs, en décrivant ses autres visions ou en se référant aux premières déjà citées, Ézéchiel ne parle que d’avoir vu la gloire du Seigneur. Le prophète lui-même et la tradition biblique se montrent encore mal à l’aise devant ce phénomène.
La vision du prophète Daniel atteint le sommet de la tendance à voir Dieu sous forme humaine. Dn 7, 9-14 :
Je regardais, lorsque des trônes furent installés et un Vieillard s’assit : son vêtement était blanc comme de la neige, la chevelure de sa tête, comme de la laine nettoyée ; son trône était en flammes de feu, avec des roues en feu ardent. Un fleuve de feu coulait et sortait de devant lui Je regardais dans les visions de la nuit, et voici qu’avec les nuées du ciel venait comme un Fils d’Homme ; il arriva jusqu’au Vieillard, et on le fit approcher en sa présence. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté.
Daniel est le plus audacieux des prophètes et ne semble pas hésiter à décrire Dieu comme un homme. Néanmoins, il se protège, en quelque sorte, de l’accusation de blasphème et montre son propre embarras en disant que cette vision n’était pas directe ou vue de ses propres yeux. Daniel l’a reçue plutôt « dans les visions de la nuit », c’est-à-dire en songe, dans un rêve qui angoissait et tourmentait son esprit.
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