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5

Jour de souk. Je regardais, petite fille, les chèvres égorgées, et j'aimais ça. Une histoire de père mort, de figues. Une histoire de fille amoureuse. Une histoire de mouches. L'histoire des autres. Sous sa tente berbère, l'animal tourne autour de son piquet. La bêtise des chèvres est incommensurable. Mais elles sont conniventes. Caméléons empaillés, verts de moisissure, et cornes de bouc, tout s'expose.
C'est la ville maintenant. Je retourne chez nous. Chez moi. C'est ça, l'aïeule. Nous habitons la rue. Entendons-nous, nous ne dormons pas dans la rue. Non : la famine est une chose, le mode de vie une autre. Vous comprenez. J'aime être sur le pas de la porte. A l'ombre, mais tournée vers la lumière. J'aime bouger aussi. Ne croyez pas que je sois une petite vieille cacochyme. Bouger c'est vivre. J'ai toujours travaillé.
Pourquoi parler ? Moi qui me tais. Qui ne parle pas. Je cours. C'est faux. Voir ? Personne ne regarde. Déplacement d'optique.
Je me tiens sur le pas de porte et je surveille. On vient me visiter. Je crie rarement. La vie, elle est là : régner en contrôlant le passage de l'intérieur à l'extérieur. Ils m'amusent ces enfants. Le transbahutement des cadavres, l'entrée des amants, la desserte des fleurs. Les mères soufflent leurs envies aux filles; les fils se raidissent sur le soc des pères. Louvoiements parallèles. La datte se découpe. La toile s'étire.
Tiens, un scooter revient du port. Au fond de la rue, les femmes ne sortent pas. La tentation. Les enfants se baignent. Ils observent le retour des bateaux de pêche. Garçons. Comment éviter ? Ici, la lumière est dehors et la fraîcheur est dedans. Mon visage a cui dehors. Il s'est bordé de rideaux de tresses. Il s'est orné de damas, autour du couteau vertical. Un ou deux amphysèmes violacés. Mon chapeau ?
Au fond de la rue, elles sont voilées. Le mystère est une incantation. C'est bien ainsi. On peint en blanc. On aime le vert, le bleu. Hein. Chaise de paille dure, à l'ombre, toiser les agités de la clarté, les marsupiaux. Querelles de ménage. Hurlement des femmes répudiées. Incestes à demeure.
Encore le scooter. Je n'ai rien dit. Même pas pensé. Mystères. Peu importe. Il se sent cavalier. Il repart vers le port. A-t-il mangé ? Sardines aux herbes ?
En bas, dans la baie, ils sont tous là. Vus tant de fois du haut de la montagne, alors que je rentrais, des bidons d'eau sur mon dos. En bas, dans la crique, ils jouent. Ils paradent. Ils ont raison.
"-- Hé, tu fais quoi, toi ?

-- Bof...

-- On plonge ?

-- Des rochers ou de la plage ?

-- D'où tu veux.

-- Bon, bai, des rochers ?

-- La plage, ça craint, avec les mousmés étrangères...

-- Juuustement, tu crois qu'yen a ?

-- Sûr, à cette saison.

-- Alors, on va mater ?

-- Bof. Ya les mecs aussi.

-- Ten fous, tu fais un sourire et tu plonges. Tu leur tourne autour comme un poisson. Elles ont pas l'habitude de l'eau transparente. Les mecs non plus. Elles rigolent. Quasiment à poil, elles sont. Tu leur passes dessous quand elles nagent. Des merveilles, je te dis !

-- Tes sûr ? Oh, si on nageait depuis les rochers peinards. On peut même emporter un ballon.

-- Tas peur ou quoi ?

-- Non...

-- Alors, viens.

-- Tu fais chier. Tu demandes et c'est toujours toi qui décides. Merde. Qu'elles se baignent les nanas du minicar, on s'en fout !

-- On s'en fout pas. On s'en régale, c'est du sucre, c'est du miel pour les yeux, c'est de la fleur exposée pour toi, c'est des déesses de magazines qui te font la présentation. Et puis attends, quand elles se baignent, elles se détendent, faut les voir se laisser aller, s'étirer, gargouiller. Des vraies anémones de mer, des algues, elles s'épanouissent, et que j'écarte les cuisses, et que j'écarte les bras, et que je respire, et que je soupire. Des anémones.

-- Anémones, mon cul. On va rester là, comme un banc de sardines, à tourner en rond autour du mérou. On aura l'air malins...

-- Ten fous. On va se marrer. C'est la découverte. Elles sont toutes différentes. C'est des fleurs, des vraies fleurs, je te dis. Peau douce, souple. Des gazelles. Allez!...

-- Ouais, bon, tas toujours raison. On file."
Clap. Un mérou allait attirer ses sardines. Un mérou apeuré, peu au fait de ces pratiques, pour qui de telles présences parasites gâchaient le bonheur du bain. Qui nageait en faisant du sur-place, ne sachant plus s'il fallait avancer ou rester, aller plus loin ou sortir, rire ou se fâcher. Mais tout du mérou était magique, ses peurs, ses gestes erratiques, ses nerfs. La ronde dura longtemps, par eau claire, claire, par temps transparent. Le mâle au loin, revenait par moments pour montrer sa présence, mais n'intervenait pas vraiment, hésitant entre la connivence et la brutalité, qui l'eût conduit à ramener fermement l'aimée au bord --probablement sous sa résistance avec force véhéments reproches. Elle, elle ne savait pas. Flattée, terrorisée, gênée, heureuse de ce site époustouflant, de cette crique avec du sable jaune, de cette côte rouge déchiquetée tombant dans la mer, de ce bleu étale qui donnait à chaque mouvement sa portée, sa quiétude, tête environnée d'azur, corps en lévitation, au ralenti, noyé de sel, paix. Et pourtant, ces mosquitos rieurs...
Que faire ? Il est plus tranquille de se baigner du bateau. Mais mépriser la population locale ? Ce sont des plages d'hommes, des plages de jeunes. Provocation. La police ? C'est pas interdit au moins ? Laisse-toi aller, laisse-toi faire. Ils doivent pêcher de nuit, à la lumière des lamparos, pour attirer le poisson. Barques, bleues, blanches. Des anchois. Ils pêchent des anchois, on m'a dit, c'est vrai. J'imagine les anchois, grouillant en cercle, dévolus à l'astre dans la nuit noire. Je me tortille sous le soleil. Patate.
Ici, tout se confond, même le petit phare blanc. Sauf la roche. Ces caillasses aigus, tranchants, qui poignardent la mer. Quel contraste avec le village en haut, au creux de la falaise, géométrique, sans toit. Ils tournent toujours autour. Ils sont insatiables. Ils me passent dessous, rigolent.
Les ignorer. Se mettre en colère ou répondre à leurs appels, c'est de toute façon les encourager. Les ignorer. Et m'en sortir, seule. Surtout ne pas appeler mon fameux compagnon. Il serait trop content.
Profiter quand même. Je veux profiter de cette eau. Quel bonheur. Ils m'agacent vraiment. Pas moyen de bouger. Ils bougent avec moi. De vrais poissons pilotes. Fatigants. Ils ne sont pas drôles. Je rentre.
Et maintenant, faut-il se faire bronzer, s'exposer, ou va-t-on attirer tous les taons du coin ? Lui se tait. Mais ce serait quand même dommage de ne pas profiter de ce lieu. Je me couche sur la serviette pour faire sécher, tant pis. Mmmm. Ca fait du bien. En plus, j'ai un maillot une pièce, exprès. D'accord, ce blanc, ça colle quand c'est mouillé. Heureusement, ils ont renforcé l'endroit du triangle des Bermudes, car là c'est plutôt le genre moumoutte des Andes. Ca sèche vite. L'eau doit être très salée. Elle tend incroyablement. Et chatouille. Les grains en formation tatouent l'épiderme. Lui se tait. Bisous.
Le soir, à deux sur un scooter, les jeunes rentrèrent. Ils avaient attendu tard les derniers rayons pervers, obliques, regard diagonal, le début de la fraîcheur, et la peur de la paire de claques. Ils étaient parvenus chez eux avant la nuit. Heure du dîner. Faim, vraiment faim. En cercle, manger en tournant la main dans ces assiettes creuses rondes. C'était bon. Faire des ronds. Ils pourraient sortir un peu après. La grand-mère n'avait rien dit. Ce serait la parade. Irait-elle, elle-même, sur la place ? Elle avait l'oeil à tout. Une chèvre égorgée. Un père tuant sa fille volage devant ses frères. Grand-mère aigle.
La pièce résonnait d'une joute oratoire forcenée. Géraldine avait depuis peu quitté sa chambre où tournait encore un 45 tours. Mais l'affaire se situait ailleurs.
"-- aaah !

-- Quoi ?

-- Viens !

-- Tu m'ennuies !

-- Pourquoi tu viens pas ?

-- ...

-- Tes sourd ?...

-- Merde.

-- Oh, ça suffit !"
Une fois sa soeur partie, probablement vers la cuisine pour chiper quelques échantillons des préparations en cours, en traînant par les cheveux une poupée qu'elle n'avait jamais vraiment aimée, et qui lui servait plutôt de souffre-douleur, Antoine demeura seul, affalé dans son fauteuil.
Il plaçait avec maniaquerie les objets dans "sa" chambre, fruit de positionnements de l'ordre de la magie, d'une esthétique de la superstition feinte. Ces derniers définissaient des parcours pour le regard, des réponses mutuelles, des juxtapositions. Il les avait investis, choisis, marqués par son odeur, ses taches, des fentes ou des écornures. Il y cultivait un duvet de poussière qu'il fallait préserver, sorte de brume protectrice. Antoine menait une guerre sans merci aux mains maternelles ou ancillaires. Ces mains, toujours à l'affut d'un rangement, d'un lavage, d'un ménage, du vol, à chaque absence, d'un petit tas longuement agencé, de tout un travail fantomatique obligeant à se méfier de chaque abandon passager, à hurler sans effet pour tout ce qui s'évaporait un jour, et revenait immaculé. La garde d'un territoire en pays occupé relevait d'une vigilance constante et sans espoir.
"-- Antoine, à table !"
"Oh, merde", songea-t-il.
"-- Ah, te voilà !", lui dit son père d'un ton fade.
Pour l'ami Antoine, ça gazait pas. Dos à la fenêtre siégeait le paternel, Monsieur Chevassus, en face de lui, son épouse, et, de chaque côté, Géraldine et son frère. Derrière eux, une très vieille estampe sous verre, au-dessus du buffet Directoire, représentant le siège de La Rochelle par Jacques Callot. Un chien pissait sur un casque au premier plan -- pour le plus grand bonheur des enfants dont les têtes arrivaient juste à niveau-- tandis que des vaisseaux alignés s'avançaient, bloquaient les ports, ou croisaient en haute mer, lançant de petits nuages de fumée pour répondre à ceux des canons de la forteresse. Des compagnies rangées s'élançaient, mousquet au poing, dans un désert de dunes, là où, au fond, très loin, près de l'eau, deux silhouettes naïves s'enlaçaient. L'eau-forte couvrait tout le mur, encadrée de bords plats de merisier.
Le dîner se passa en échange de sel, ou de moutarde, ou de ces petites choses qui permettent de mener un commerce de paroles délicat, au récit circonstancié par Monsieur Chevassus de sa journée de travail, ponctué de détails techniques, au rappel soucieux soucieux par Madame Chevassus des prochaines soirées avec leurs amis habituels, aux invitations envers Antoine à se resservir, lui qui devait manger davantage pour s'étoffer un peu, surtout qu'il était en pleine croissance, à des questions répétées sur les cours du lendemain, à quelques énervements à cause de son manque de réponses, lui indiquant que l'année prochaine, il aurait à réaliser des exposés et qu'il aurait vraiment intérêt à s'entraîner à parler, ne serait-ce qu'en famille, dès maintenant, sinon il risquait de se retrouver devant de grosses difficultés, à des interruptions de sa soeur qui avait envie de nouvelles chaussures de tennis pour sa gymnastique, enfin, à un commentaire agacé exprimant l'étonnement du père devant l'incapacité des Américains à éliminer le Vietcong dans ces sempiternelles informations télévisées de 20 heures, avec les Etats-Unis d'Amérique, vainqueurs de la dernière guerre, détenteurs de l'arme atomique, garants du monde libre, qui s'enlisaient dans les forêts vierges semées de maquisards où les Français avaient déjà perdu des combats. Ces communistes, ils voulaient vraiment avaler la planète entière !... Madame Chevassus demandait à son mari de garder son calme, car l'emportement s'avérait toujours malséant. Bref, un dîner habituel.
Ensuite, tandis que s'égrenaient les derniers raisins de la saison, soigneusement lavés dans une coupelle en terre cuite peinte en forme de canard, le dîner prit fin, tel un culte qui a éprouvé sa plénitude.
C'était au tour d'Antoine de débarrasser. Il s'exécuta après un rappel vertueux et polémique de sa soeur cadette.
Son père se dirigea vers le salon où il s'assit sur un fauteuil de velours bleu, sans style mais confortable. Il déplia son journal. Il en faisait une lecture approximative, hachée, mêlant des bribes de phrases qui en amenaient d'autres et des considérations exogènes, pertubatrices. Morère occupait le bureau jouxtant le sien. Source de qui-vive. Même après avoir créé entièrement un département, tout pouvait toujours arriver. Etait-il une hypothèque pour l'entreprise ?
La chat marchait frauduleusement sur la moquette du couloir. Dans l'escalier descendaient bruyamment des jeunes qui avaient dû rendre visite à François, le dernier enfant des voisins du troisième.
Dans la cuisine, Solange faisait couler l'eau chaude de la vaisselle. Elle avait la paix, considérait cette pièce comme son domaine et estimait normal son apport domestique. Pourquoi donc l'avait-on appelée Pierrette à sa naissance ? Heureusement, fini les Pierrou, Piépierre, et autres Pépés scolaires, pour Solange, second prénom providentiel. Elle avait réalisé un beau mariage avec un cadre rencontré pendant les vacances. Comme quoi les bigorneaux, ça sert.
Géraldine s'était endormie, bordée par sa mère, et son petit tas à la vague allure de Mickey (vous savez, cette souris anthropomorphe inventée en 1928 par le dessinateur américain Walt Disney) à côté d'elle.
Antoine se débattait contre un moustique et contre ses devoirs. Il avait froid. Il n'arriverait jamais à tout finir. Allemand, chimie (il pompait la copie gentiment prêtée par Mérigaud), maths. Peut-être une interrogation écrite surprise en maths. Pas possible de s'avancer : blocage mental. Toujours le couperet rédhibitoire du dernier moment.
Solange pénétra dans la salle à manger maintenant baignée par la nuit. Elle ferma les volets. Elle passa au salon et, sans un mot, prit son tricot. L'eau du bain des voisins descendait dans les canalisations. Pierre avait arrêté de fumer. Elle ne pouvait pas vraiment l'aider pour son travail et ils n'en parlaient jamais. Elle osa allumer la lampe du guéridon. Il suggéra d'aller se coucher en pliant son journal. Elle aquiesca et dit qu'elle terminait son rang. Pierre passa de la moquette au parquet et du parquet à la moquette. Il entra dans la salle de bains. Lavé avec énergie, couvert d'un pyjama, il alluma la lampe de chevet et s'engouffra (goulûment en fait) dans le lit.
Solange s'épouilla de même et, recouverte d'un peignoir et d'une robe de chambre, s'assura que le chat était couché dans la cuisine. Passant chez les enfants, elle rappela à Antoine qu'il fallait se dépécher. Le noir imposé, Monsieur Chevassus et Madame Chevassus exécutèrent leur prière, l'une devant une croix de bois sobre, l'autre devant une croix agrémentée d'une dépouille écartelée. Monsieur Chevassus était catholique, Madame Chevassus protestante. Les enfants avaient été élevés dans la religion protestante, résultat de la hargne vitale supérieure des minorités. Ils s'embrassèrent et se tournèrent chacun de leur côté pour dormir.
Antoine, au bout de trois heures, transi, arrêta. Les leçons, ce serait pour une lecture angoissée de dernière minute dans les couloirs. Il alla pisser, ce qui le soulagea. Dans son lit, il entama une petite branlette focalisée sur une image fixe de Francine se penchant. Mais il était trop énervé. Il fallait dormir, dormir. Il trouva enfin l'oubli.

6
L'éolienne tournait doucement. Dans le bush australien en cette saison, il était rare de ne pas avoir de vent. La télé beuglait, tandis que le petit rampait dans son parc. Il poussait une boule.
Un dribble. Gros plan. Contre-pied, le joueur pivote sur lui-même. Il glisse la balle à droite et s'échappe sur la gauche. Un peu court : le une-deux a raté. Des cris, ça perce, passe de trente mètres. Les pétards s'allument des quatre coins du terrain. Angoisse. La bière fait pchhhht, ploc la capsule. La télévision grésille, rectangle agité dans un décor immobile. Une peau de cuir en retrait, comme un hoquet. Tu passes, tu passes. Les jambes, lourdes, tricotent. Ca remue. Il dribble, et se fait avoir. Shit. Public. Blessé. Temps mort. Pop corn. Jarrets gonflés au peyotl, ça fuse sans cesse contre cette digue : destructeurs, mur défensif, casseurs de jeu. Tout essayer, pas de répit. Clameurs. Poussées. Ah !!!! Scénario cauchemar. Dominer, dominer insolemment, écraser, humilier, vitrioler le but adverse, canarder. Sans marquer, sans jamais marquer...
Le football, comme le prêt-à-porter, fait figure d'ogre insatiable. Toujours besoin de chair fraîche, de peaux de bébés sur les podiums. Il jette ensuite, détruit les fleurs à peine fanées. Deuxième mi-temps. Une faute, une petite faute anodine d'un attaquant qui fait un mauvais contrôle. La balle est prestement récupérée, contre-attaque-passe-tir-but. Silence de mort. Injustice flagrante. Nausée. Fin de match. Rage, fatigue, efforts vains. Ecoeurement. Demain, tout le monde, tous les journalistes trouveront mille raisons à ce résultat. Mais pourquoi un tel déni de justice, une telle poisse ? Le sport chérit les scénarios paroxystiques : les drames d'athlètes exsangues à bout de course, les résurrections de fondeurs, la montée pathétique des cols cyclistes, les équipes, les "teams" en insurrection ou en débandade. Chacun tire de ce fatum des leçons définitives, comme lorsque, dans un salon, une avalanche de commentaires suit, impitoyable, le départ d'un individu. Et le désespoir abat alors le téléphage barbouillé.
Le fermier éteignit le poste, la mort dans l'âme. Déprimé. Sa femme n'était pas encore rentrée. Heureusement le petit Chinois jouait sagement. Bientôt, il aurait faim. Cycles insatiables, saisons des sentiments. Garder un enfant, tout insatisfaisant que cela fût, leur procurait une compensation à éclipses. N'ayant plus à demeure aucun braillard depuis quelques années, ils capitonnaient à nouveau leurs murs de cris et d'extases. La mère chinoise avait accepté, à leur grande surprise, de confier la garde de son fils à eux, pourtant installés au diable vauvert.
La poussière et quelques branchages commençaient à voler. Les nuages australopithèques rougissaient.
Sec, le sol était sec.
Les aborigènes de la terre d'Arnhem peignaient les corps et l'intérieur des corps. La géométrie dessinait la carte du territoire, territoire contenant sa propre histoire : géographie dans le temps.
L'extrême-orientale, brune, petite, du sud de la Chine, à des kilomètres, montait pendant ce temps dans un ascenseur de métal au coeur d'une tour. Par habitude récente, elle foulait la moquette rèche, grise, dans les couloirs déserts. Une femme de ménage avait laissé son attirail roulant près des toilettes. Fin de récurage, la journée pouvait commencer. Ca sentait le propre. Parvenue devant sa case avec une étiquette de plexiglas gravée sur la porte, elle ouvrit, entra, referma, s'assit. Elle était perdue, mais décidée. Fière finalement d'être là, volontaire. Elle ferait ce qu'il fallait faire. Même plus. Sur les murs blancs, la moindre décoration prenait l'ampleur d'une tache. Une vue de la baie de Sydney se trouvait encadrée et triomphalement placée au centre : photo couleur de l'opéra à tranches rétractiles avec une sage Marie-Louise et un cadre propret, laqué de noir. Comme il n'y avait que cela, on ne voyait rien d'autre. L'opération s'appelait "personnaliser". Ergonomie. Gestion. Intégration des facteurs humains.
Elle se battait au téléphone, tentait de remplir des missions qu'elle comprenait à moitié. Elle oubliait son bureau, transpirait à se focaliser sur des objectifs. A l'extérieur, une passerelle métallique descendit, se balançant avec un léger bruit. Un balai large à franges sortant d'un seau faisait prestement dégouliner un liquide savonneux de l'autre côté des doubles vitres. Par convention, les êtres face à face s'ignoraient. Un autre instrument essuyait l'eau savonneuse. Aucun son. Juste un choc de tôle quand l'équipage chuta doucement d'une strate (d'une demi-vitre).
Cet esquif s'esquiva. Dans une telle organisation où se côtoyaient des individus assemblés par hasard, il importait de réaliser la tâche assignée. Mais elle avait vite compris qu'il fallait plus. Il fallait avant tout rassurer les collègues. Travailler ne suffisait pas. Même trop travailler devenait dangereux. Cela instaurait une concurrence. Cela constituait une menace précise, un chiffon rouge pour les personnes installées, poison dans l'"agreement" établi. Sa conscience, son éducation, l'avaient formée à l'effort. La précarité de sa situation --cet enfant qu'elle ne pouvait élever, l'absence du père mort jeune en Chine, la maîtrise inévitablement imparfaite de l'anglais, l'hybridation de ses moeurs entre un habillement qu'il fallait occidental et qu'elle choisissait en combinant des rouges profonds, des noirs, du blanc, une nourriture qu'elle maintenait chinoise le soir alors que des mets occidentaux s'imposaient à déjeûner-- la destabilisait.
Elle avait essayé de sauter la pause. Elle avait senti que cela renforcerait son isolement. Pourtant, elle ne voulait pas les voir. Elle voulait travailler, juste travailler, exécuter les contacts avec les fournisseurs. Mais des réunions de service avaient lieu régulièrement pour coordonner les initiatives et faire un bilan. Elle s'y rendait, était questionnée de façon cinglante ou ouvertement ignorée. Trois abruties craignaient en fait qu'un fille différente, jolie, ardente à la tâche, bousculât leur statu-quo. Elle savait qu'il lui était nécessaire de les rassurer. Elle se contenait pour ne pas dire que tout pouvait aller plus vite. Elle intégrait petit à petit leurs aigreurs d'une situation assez bloquée, leur non-avancement. Elle faisait semblant de s'intéresser aux babils sur la cuisine, les mecs ou la télé. Elle était efficace, discrète, sèche. Sans apprêt réel mais fine et séduisante à son corps défendant. Cheveux très noirs, coupés net, peau blanche.
Une de ses collègues --il y a toujours une âme charitable, une exception, contente aussi de se distinguer-- entreprit d'établir un pont en lui proposant de venir prendre un café avec le groupe en milieu de matinée. Devant le distributeur, elles appuyèrent sur le bouton : long-expresso-sans sucre-avec sucre-avec lait-sans lait. Une véritable chimie combinatoire. Heureusement, il y avait du thé. Elle en prit, sans sucre. Le petit gobelet blanc de plastique sortit de sa boite pour se mettre en place sur la scène intérieure. Ca coula. Et la fin se signala d'un "clac" péremptoire. L'âme charitable s'évertua à lui poser des questions. Elle n'aimait pas répondre. Elle se renfrognait. Pourquoi raconter sa vie ?
On la trouvait désagréable, pas sociable. Une telle propension ne s'attribuait pas à sa timidité ou à une maîtrise imparfaite de la langue, mais à de l'arrogance, du mépris. Personne n'arrivait à savoir ce qu'elle pensait. Du coup, personne ne pouvait la circoncrire.
Sa collègue-supporter, son agent de liaison ne se découragea pas pour autant, pour ne pas perdre la face. Elle la harcela. Vint la voir en aparté, tenta de lui expliquer qu'elle n'était pas détestée.
Par chance pour elle, les moeurs australiennes restaient sobres, faîtes de rapports humains touchés par un puritanisme corrigé par le féminisme. En regard, cette collègue lui narrait ce qu'elle avait connu pendant un an dans la filiale de Milan. C'était avant son mariage, d'ailleurs avec un Italien. Quel contraste. Un Everest, un ballon surgonflé, prêt à craquer, de gaieté --réelle ou feinte-- illuminait les apparences. Là-bas, l'ascenseur tenait une fonction essentielle. L'attente permettait des saluts, des plaisanteries. Chacun(e) regardait la mine ou la tenue des un(e)s ou des autres, cherchait à apprendre les nouvelles du jour, les potins. L'ascenseur méritait indéniablement le qualificatif de centrale de renseignements. Poumon, conduit de rapprochement, resserrement, conjonction, artère fémorale, bouillon de culture, aorte, racine, tantôt creuse, laiteuse, tantôt ligneuse, dense. Utilisé même pour un étage, il bannissait l'escalier, rangé au statut d'évacuation d'incendie (le prendre aurait même porté la poisse, risqué de déclencher une catastrophe, un cataclysme, une marée noire, l'apparition sauvage de guerriers Vikings en armes, velus, faces rubicondes sous les embruns.
Elle expliquait aussi comment elle avait pris goût, dans cette vieille Europe lointaine, au café. Il striait les emplois du temps. Il impulsait les passions. Il aiguillonnait les discussions vivaces, sonores, du "lift", paroles sucées avidement par tous les passagers, comme dans un sentiment perpétuel de manque. Le fond de tasse était toujours trop petit. Il fallait reprendre.
Les hommes, encore gamins méditerranéens rieurs en bandes unisexes, à la fois rivaux et grégaires, s'obsédaient invariablement de football, de femmes, de bagnoles. Ils occupaient la fonction de turlurons, censés faire vibrer la cabine de bruyantes plaisanteries salaces. Elle avait eu du mal à comprendre. Elle avait eu peur. Pourtant, il fallait juste les repousser, ces dadais pitoyables s'estimant préposés au spectacle.
Ils initiaient des représentations impromptues --et pourtant ô combien prévisibles. On eût dit que le fait d'être costumés, parfumés, empingouinés, le cou et les poignets serrés, les rendait turgescents. Mais les femmes, tailleurisées, chemisier, gaze, bas, jeans moulants, maquillées, vaporisées, coiffées, se surexcitaient aussi. Cul gonflé prêt à péter dans des jupes tendues sur talons piquants. Baudruche au bord de l'explosion. Faux-semblant d'un jeu perpétuel entre désir et frustration.
Direct. Ici, dans le bush, c'était direct. Rien ou tout. Souvent rien. L'ascenseur faisait lever les têtes. Désertique, l'ambiance. Juste des bonjours faussement chaleureux. Bruyant. Glacial. Des cow-boys nerveux. Direct.
Elle bénéficia ainsi de quelques cours pratiques grâce à son pot-de-colle de collègue. Elle comprenait qu'elle devait s'adapter. Parler, se donner en pâture, se plaindre aussi, comme les autres. Qui ne se plaint pas, défie, et se voit donc écrasé. Cela lui arrachait pourtant la gorge. Elle n'avait vraiment pas été éduquée de cette façon : mépris des marques de faiblesse, geignement vécu comme déshonneur absolu. Et pourtant sa survie dépendait de son évolution. L'acceptation des règles, des us et coutumes, des "pets ands habits", signalait une appartenance indispensable, un blanc-seing, un sceau salutaire, un uniforme, une manière de passer sous les fourches caudines, d'accepter la loi du lieu.
Elle avait failli chuter. Elle se forçait, s'efforçait. Plier le métal, grincer des dents, tordre les poignets. Souffrir, lutter, raison contre raison.
Comment ne pas se perdre ? Elle s'obstinait à cuisiner des mets chinois le soir. Soupes aux légumes ou nouilles deshydratées, vite prêtes, tard. Chaudes, fumantes. Qui lui ravageaient l'oesophage. Elle habitait à mi-hauteur un studio, petit. Elle regardait les lumières de la nuit. Elle entendait un peu le bruit des voisins, la musique des adolescents, les feuilletons sentimentaux. Puis le silence. Elle apprenait. Elle lisait de la comptabilité et des cours de langue. Elle économisait pour payer la garde de son enfant. Elle vivait, traquée.
Le samedi matin, elle partait tôt rejoindre son fils. Elle prenait le car. Le fermier venait la chercher dans un véhicule tous terrains. Elle rentrait dans la maison. Le garçon l'attendait. Elle le sortait du parc et l'écrasait contre elle. Elle ne pleurait jamais. Mais se sentait libérée. Et coupable. Comment faire ? Ils dormaient alors dans la même chambre. Elle ne voulait pas penser au dimanche après-midi. C'était horrible.
Elle vivait pour ces instants, ces retrouvailles. Elle maudissait les départs, le trajet du retour. "Ca passe si vite...", disait-elle, sans mots de rechange. Ils avaient à peine le temps de s'amuser. Elle ne supportait pas les disputes, voulait cependant ne pas lui laisser passer tous ses caprices. Elle le couchait trop tard le samedi soir. Il finissait par s'agiter, énervé, fatigué. Mais comment s'en séparer ? Elle parlait peu au couple, la tête ailleurs. Ils étaient gentils.
La terre était rouge. L'éolienne tournait. Ca sentait la poussière.

6 heures. Il faisait nuit. Les grilles du métro étaient ouvertes. On grelottait dans les couloirs encore tièdes des foules de la veille. Pas de journal à cette heure, le silence s'imposait et les têtes se baissaient.
Les boueux, derniers guerriers de la ville, soulevaient les bonbonnières aux excréments déposées aux coins des immeubles. Ces exilés protégeaient les habitants de l'usure dévorante, de la décomposition. Ils recyclaient les tas pour de nouveaux cénacles, des circuits inconnus. Et ils repartaient, douchés : la radio, les paillasses, un abri fugitif et onéreux pour leur sexe palpitant. L'époque n'était plus aux guerriers, aux nomades, aux chasseurs. Gardes fidèles, dociles, ils véhiculaient avec mutisme leur désespoir hygiénique. Par stations successives, tel un lent cortège triomphal, ils accompagnaient le char argenté, s'imposant dans les rues, puis s'effondraient. Ombre et lumière. Picadors de la conscience.

Après quelques pas sur un macadam humide, Antoine prit la résolution d'entrer dans les toilettes. Leurs évents claquaient. Ils referma vite la porte. Une forte odeur d'alcali se dégageait. Il lut des inscriptions. Il sortit.
Dans la cour, en face, Sora, le professeur de gymnastique martiniquais, faisait exécuter en cadence des exercices d'assouplissement à ses élèves. Monsieur Chanzy repartit d'un pas sec vers l'escalier des travaux pratiques de chimie.
C'est un vrai couillon çuilà, pensa Sora de Chanzy.
Le marteau-piqueur reprit à côté du nouveau portique. La pause avait été rapide. Pour des raisons de sécurité et de convention collective, il n'était pas question de travailler la nuit. Les professeurs maudissaient ces parasites sporadiques qui les contraignaient à adapter leur volume vocal.
La télévision de Sora s'arrêtait tous les jours à dix heures du soir. Aucun réparateur n'y avait rien compris. A l'heure fatidique, l'image disparaissait, immanquablement. Il songeait sérieusement à une malédiction. Il n'aimait pas non plus le marteau-piqueur.
Le proviseur discutait dans son bureau avec le représentant du rectorat. Il tenait absolument à ce que l'on maintînt le quota de vacataires, à la fois pour le travail, l'effectif des classes, le prestige du lycée et le principe. Accepter une défaite, si infime fût-elle, signifiait se préparer à des revers bien plus considérables.
Deux élèves, cachés dans un coin d'ombre du préau, jouaient un peu d'argent aux osselets de métal sur la dalle de béton. Les petits bouts brillants tombaient dans la poussière en silence. Les pigeons lâchaient pendant ce temps quelques crottes liquides sur la verrière de la salle des professeurs. La cloche n'allait pas tarder à sonner.
La cloche sonna. Antoine resta encore cinq minutes en classe de maths : telle était la loi du bon plaisir, et comme l'heure suivante était à nouveau une heure de maths, la pause risquait de devenir fantoche ou de disparaître, alors qu'elle était déjà accordée du bout des doigts sous prétexte de retard dans le programme et de la sanction finale du baccalauréat qui engageait chaque élève personnellement, qui engageait les parents ne fût-ce que dans leur fierté, qui engageait les professeurs et l'établissement tout entier dans ses statistiques de réussite. Mobilisation générale pour tension maximale.
Le jardinier ramassait les feuilles avec un grand rateau sur les pelouses. Pour lui, les saisons n'avaient rien d'étonnant. Il savait ce qu'il avait à effectuer. Il suivait avec sérénité une forme de pré-programmation. Sa passion restait les champignons, dont il connaissait les moeurs, les espèces et les habitudes de vie. Cela avait d'ailleurs fasciné jadis sa femme, femme de ménage chez un professeur de grec, qu'il avait connue dans un autre lycée. Ils ne s'étaient jamais remis de la perte, en bas âge, de leur seul enfant. Chaque dimanche, ils se promenaient dans les bois, étendant parfois --suivant la période de l'année-- leur attention aux mousses et aux lichens. Mais Huguette ne comprenait décidément pas que leurs rares amis ne se préoccupassent pas davantage de leurs communs adorés habitants sylvestres.
Un violent orage survint, ce qui surprit ceux qui voulurent bien se laisser surprendre, ou ceux qui s'y intéressèrent.

La pluie avait cessé depuis longtemps et le sol ne gardait pas trace de l'humidité qui l'avait un temps imbibé. Le parquet restait pourtant gonflé et gluant. Les néons blafards nimbaient chaque classe, brûlant les yeux d'élèves fatigués qui finissaient par avoir des vues hallucinées, luttant contre le sommeil, le froid, le décalage des formes, les couleurs violentes, ou le noir total.
Antoine sortit du cours tardif de chimie. Une interrogation écrite-surprise était venue saluer en fanfare cette fin de journée. Ca s'était plutôt mal passé : il est des moments où l'on ne pouvait plus boucher les trous. Alors, il fallait laisser des vides, en se torturant les neurones dans une sarabande à folle vitesse qui tournait, et virait, et tournait, et déraillait, rasant les connaissances, sur le décompte et les lignes de la feuille, avalant, en pleins crissements, les mots qui sautaient et chahutaient, gémissant, aveugles aux poteaux indicateurs du sens. Tout courait, sans rémission, l'avion, trop bas, explosera. Les copies se ramassaient. L'affaire était perdue. La logique revenait pour constater les débris, la fumée. Merci. Merci, camarade logique, tu viens, comme souvent, quand tout est foutu, histoire d'en rajouter un peu. Il sortit avec ses petites affaires pliées, dans le tintamarre des excités de service qui se frottaient et gesticulaient, les mains pleines de formules, la bouche arrachée de rires disproportionnés. Le lycée était déjà noir, désert. Des zézaiements sonores, des appels de chat sauvage résonnaient, rebondissaient sur les murs, les vitres. Je sais que je vais me faire engueuler, que je baisserai la tête d'un air fautif, rougissant, mortifié, terrifié. L'horreur. L'avenir, c'est quoi ? Une infinité de coups de poker. Il fallait toujours être vigilant. A part, dans un monde où l'on te regardait, toléré, tu attendais pour savoir quelle serait ta place, sans savoir ce que signifiait l'ordonnancement.
Tous ces cons parqués grouillaient, se débattaient. Ectoplasmes remuants. Une foule. Ils s'appliquaient aux rixes, aux joutes verbales, aux petites phrases distillées en vue de soigner leur image de marque. Perpétuellement, ils vendaient leur corps et leur esprit. T'as un nez trop long-t'as un petit nez, t'as un beau cul-t'as la fesse molle, tu fais rire-t'es pas drôle. Bout de chair en plus, en moins, parole en trop, tétanie ? Les révoltes n'étaient que des révoltes programmées, attendues, circonscrites, des défouloirs logiques. Le sport, l'esbrouffe, les filles, les mecs, le boulot, les profs, ils étaient tous imbriqués dans des luttes d'influence idiotes, dans un théâtre de la vacuité et de la cruauté. Antoine se sentait plouc. Entre la famille et l'école, la balle était lancée, elle avait a même forme : les coups se répondaient. Antoine dégorgeait sa haine, sa haine de marbre. Il détestait être adolescent (intitulé définitivement "âge bête"), faire partie de ces hybrides moqués, ridiculisés, de cette masse pagailleuse, à qui l'on reprochait sa maladresse du fait de connaissances qu'elle n'avait pas et qu'elle ne pouvait de toute façon pas avoir. Condamnés prémonitoires, condamnés professionnels. Pantins pour la galerie.
Toujours en porte-à-faux, il crachait en silence sur ces professeurs de droit divin qui pouvaient tout, toutes les souffrances, toutes les injustices. La rébellion signifiait une répression plus forte. Sadiquement, méthodiquement, ils s'amusaient de leur puissance, relayés par l'écho domestique. Ils distillaient les commentaires, masquaient leurs décisions, désignaient la victime à la vindicte générale, l'insultaient, la jetaient en pâture à la lumière.
Antoine voulait les voir crever dans des accidents sauvages. Il fermait sa gueule mais les descendrait bien à bout portant en écrasant leur tronche dans le caniveau. Tout ça puait.

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