Pour une méthodologie d’approche critique des œuvres de littérature informatique







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Conclusion des prolégomènes


Notre travail préparatoire à une méthodologie d’approche critique des œuvres de littérature informatique nous laisse pour l’heure aux frontières de l’œuvre.

Pour ne pas faire de contresens, pour ne pas forcer l’analyse, et pour tenir compte du fait que la littérature informatique, avant de proposer un contenu, se présente sous un format nouveau, qui n’est pas celui du livre, ni de l’œuvre picturale, ni de l’installation, ni de tout autre format connu précédemment, nous devions donc tenter de trouver de nouveaux moyens d’approche, tout spécialement adaptés à ce nouvel objet d’étude.

C’est ce que nous avons commencé de faire. Avant d’utiliser des outils de recherche basés sur des programmes informatiques, nous avons fait usage de tout ce que la simple lecture, par le truchement d’un ordinateur relié au réseau, mais une lecture raisonnée sous protocole, pouvait nous livrer.

Une œuvre de littérature informatique se définit par un adressage électronique, ou par tout autre contenant qui pourra être analysé. Pour l’heure, nous nous sommes concentrés sur l’adressage électronique, l’URL, qui a pour particularité d’être alphabético-numérique – et cela, pour une étude située à l’intérieur du méta-champ de l’art verbal ne devait requérir que des capacités propres aux sciences du langage. Nous nous sommes donc rendus compte qu’effectivement un URL pouvait être analysé, de façon sémantico-syntaxique, et pouvait être signifiant, avant même que l’œuvre ne soit parcourue. Il était particulièrement important de noter cela avant toute manipulation sur l’œuvre parce qu’aussi bien l’adressage de l’œuvre pouvait changer, voire disparaître, et qu’une étude méthodologique devait aussi rendre compte, au sein d’un protocole, du devenir des œuvres, jusqu’à l’évolution dans le temps de leur nom de domaine.

Voilà pour ce qui devrait rester comme le premier temps d’une méthodologie d’approche critique des œuvres de littérature informatique.

Par la suite, nous avons posé trois autres critères d’analyse des œuvres, qui eux aussi ne requerraient aucunement l’usage d’outils d’analyse informatisés : l’analyse des balises Head, l’analyse de la page d’ouverture, et enfin l’analyse du format. Ces trois données sont constitutives de l’œuvre, sont fixes au jour de l’analyse, et donc doivent pour le moins être notées au sein d’un protocole, avant de chercher à les interpréter.

Mais nous avons vu que très facilement - et toujours pour la raison que ces œuvres sont écrites dans un langage de programmation alphabético-numérique, le HTML, langage dit de « balise » parce qu’il met chaque instruction derrière une balise accessible à la simple lecture, nous pouvions déduire un certain nombre de choses des balises de mots-clés, par exemple, dont nous savons qu'elles sont écrites par l’auteur lui-même – tout comme un auteur écrit souvent la quatrième de couverture de son livre. Les balises de mots-clés organisent la visibilité de l’œuvre sur le réseau Internet et manifestent en quelque sorte l’intentionnalité de l’auteur. A ce titre, nous pourrons les analyser comme nous analyserions n’importe quelle source, c’est à dire en les mettant en doute, en les questionnant.

Ce que l’auteur veut dire, la destinée que l’auteur cherche à donner à son œuvre, n’est pas forcément conforme avec ce qu’elle est, ni avec ce que le public décidera qu’elle soit.

L’analyse de la page d’ouverture relève quant à elle de deux démarches : une démarche descriptive, qui devra s’appuyer sur la reproduction de l’image de la page en question, grâce à une capture d’écran, pour donner à tout le moins un compte-rendu technique des conditions de réception de l’œuvre et une démarche interprétative, qui devra s’appuyer sur ce que l’analyse sémiotique a pu nous apprendre du travail de lecture des images et des mots. Mais nous savons aussi que la nouveauté de ces œuvres de littérature informatique est d’être parcourues par des réseaux de sens nouveaux, les liens hypertextes. Est-ce que les liens sont visibles ou non, quelles interactions créent-ils avec les images, avec le texte, voilà quelques-unes des questions que l’on pourra se poser au cours de ces lectures inaugurales, qui outrepasseront pour le coup la lecture de la seule page d’accueil.

Enfin, l’analyse du format des œuvres nous permettra d’éviter certains contresens dans l’analyse ultime des œuvres.

Voilà pour le premier temps de notre méthodologie. Pour l’heure, l’œuvre aura été ouverte, et nous aurons uniquement noté ce dont nous pouvions être sûr, en dehors de toute action sur l’œuvre, toute interaction, qui introduirait immédiatement une part de subjectivité, et/ou d’aléatoire, rendant caduque notre démarche..

Avant de commencer une analyse de l’œuvre en naviguant à l’intérieur, il restait tout de même une autre façon d’en rendre compte, en l’absence de toute subjectivité.

C’est ce que nous avons voulu faire en sélectionnant deux méta-moteurs de recherche, Kartoo.com et Touchgraph.com. Les résultats obtenus avec l’un et avec l’autre devront être consignés au sein d’un protocole, puis analysés.

D’autres outils de recherche peuvent être utilisés, non seulement pour effectuer le même travail et le compléter, qui repose sur une analyse de l’URL et nous livrent un environnement numérique de l’œuvre, une situation à l’intérieur d’un contexte, ce qui ouvre tout à la fois vers la sociocritique et vers l’analyse sémantique, mais également des outils qui feraient ce travail de cartographie à l’intérieur de l’œuvre.

Une fois donc que ces prolégomènes auront été consolidés, et peut-être complétés, un nouveau travail pourra commencer, qui sera celui de lecture critique des œuvres, une lecture qui dès lors pourra s’appuyer sur des bases certaines.

La navigation sera certainement un des sujets majeurs de toute étude d’œuvre de littérature informatique. Mais également tout ce qui ressort de l’analyse sémiotique, dans la direction que nous avons déjà indiquée, c’est à dire qui tînt compte de la présence des liens hypertextes à l’intérieur des réseaux de sens présents sur la page HTML.
Vers une méthodologie d’approche critique des œuvres de littérature informatique
En premier lieu, nous nous poserons la question de l’œuvre elle-même et de ses limites : l’œuvre de littérature informatique peut-elle être réduite à sa manifestation visible, ou bien faut-il inclure dans l’œuvre son code-source, qui reste en principe invisible, mais qui n’en recèle pas moins des informations capitales, comme notre analyse des mots clés a pu nous le montrer. A ce titre, nous pourrons nous demander si le préalable à toute étude d’une œuvre de littérature informatique ne sera pas constitué par sa mise à disposition, code-source y compris, pour le lecteur critique. Une aspiration des URL, avec les outils appropriés, pourra donc être tentée, en analysant les problèmes légaux que cette démarche pourrait soulever.

Dans la continuité de cette analyse de la part cachée des œuvres, nous nous préoccuperons d’une analyse systématique des liens hypertextes à l’intérieur des œuvres de littérature informatique. Sont-ils visibles d’emblée par le lecteur, ou bien ce dernier doit-il balayer la surface de l’œuvre avec son curseur pour les découvrir ? Cette démarche heuristique induit-elle une lecture particulière de l’œuvre ? Peut-on catégoriser les liens hypertextes, selon qu’ils s’ancrent sur un mot ou sur une image, selon qu’ils pointent sur un autre mot, un groupe de mots, une image, un site extérieur, selon qu’ils déclenchent des actions contextuelles ?

Cette catégorisation des liens hypertextes peut-elle amener vers une catégorisation des œuvres de littérature informatique, selon qu’elles privilégient tel ou tel type de lien (vers une image, vers un mot, vers une action contextuelle, vers un autre URL) ?

En élargissant notre propos, nous serons amenés à nous demander si une analyse systématique de l’écran pourrait être proposée, une analyse qui tînt compte aussi de tests effectués auprès de lecteurs témoins. Comment un écran est-il lu, comment le regard peut-il s’accommoder du mélange de signes verbaux et non-verbaux, comment le dispositif particulier propre à la littérature informatique peut-il être appréhendé, comment la présence sous-jacente des liens hypertextes peut-elle influencer la lecture, voilà quelques-unes des questions que nous pourrons aborder.

D’autre part, comment qualifier les liens hypertextes d’un point de vue d’une analyse sémiotique ? Sont-ils des signes, des images, des éléments de contextualisation, des éléments déclencheurs d’une métaphore ?

Tout la problèmatique d’une approche critique des œuvres de littérature informatique tient au fait qu’ils s’agit non seulement d’œuvres mixtes, composées pour certaines de texte, d’image, de son, mais plus encore d’œuvres reposant sur l’interactivité avec le lecteur. Doit-on dès lors se soucier en premier de problèmes liés à la réception de l’œuvre, ou bien doit-on les étudier en fonction de la multiplicité des possibles permise par leur code-source.

Pour l’heure, nous privilégierons une approche systématique des œuvres de littérature informatique, qui se souciera d’en explorer tout le contenu visible, comme la part cachée. Nous ne supposerons l’existence que d’un lecteur idéal, qui aurait pour but d’épuiser toutes les possibilités de l’œuvre, qui voudrait en parcourir l’entièreté.


Xavier Malbreil, Université de Toulouse II
NB : ce texte rend compte d’une partie d’un travail de recherche accompli dans le cadre d’un doctorat en Lettres / Infocom dirigé par le professeur FC Gaudard, Université de Toulouse II.

Bibliographie :
COUCHOT Edmond, HILLAIRE Norbert. L’art numérique. Flammarion. Collection Champs. P. 162 et suivantes : « Les critiques d’art face au numérique. »

GENETTE Gérard, Fiction et diction, Editions Du Seuil collection Points, page 104 et suivantes

KLEINBERG John M, Hubs, Authorities, and Communities http://www.cs.brown.edu/memex/ACM_HypertextTestbed/papers/10.html#[Kleinberg%201998]

MALBREIL Xavier, Août 2005, colloque de Cerisy :l'internet littéraire francophone,à la recherche d'une problématique…, Magazine Electronique du Centre International d’Art Contemporain de Montréal,

http://www.ciac.ca/magazine/compterendu.htm

SCHAEFFER Jean Marie, article « Littérature orale », p.608 à 625, dans le Nouveau dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, Editions du Seuil, Points, collection Essais.

VUILLEMIN Alain, 2002, Poésie et informatique I: historique,

http://www.arts.uottawa.ca/astrolabe/articles/art0024.htm

WEISSBERG Jean-Louis, Retour sur Interactivité,

http://hypermedia.univ-paris8.fr/Weissberg/presence/5.html
,

1 Voir article de Alain Vuillemin, Poésie et informatique I: historique,

http://www.arts.uottawa.ca/astrolabe/articles/art0024.htm

2 http://hypermedia.univ-paris8.fr/Weissberg/presence/5.html

3 C’est le cas de la plupart des œuvres, de reposer sur un ensemble fini de fichiers numériques. Toutefois certaines œuvres reposent sur une base de données qui génère un fichier infini, comme le Livre des Morts (www.livredesmorts.com) ou le Adam Project (www.adamproject.com) et d’autres encore.

4 JEAN MARIE SCHAEFFER, article « littérature orale », p.608, dans le Nouveau dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, Editions du Seuil, Points, collection Essais.

5 JEAN MARIE SCHAEFFER parle, dans l’ouvrage déjà cité, page 207, d’une « différenciation ontologique des deux versants de l’art verbal » pour rendre compte du découplage littérature orale/écrite. Peut-être pourrait-t-on parler d’une « différenciation ontologique des trois versants de l’art verbal » pour cerner la littérature informatique…sauf qu’il y entre bien autre chose que du verbal. C’est en fait vers une réunification du signe linguistique et du signe mathématique qu’il faudrait aller chercher pour trouver la formulation la plus adéquate…mais nous y reviendrons.

6 GERARD GENETTE, Fiction et diction, Editions Du Seuil collection Points, page 104 et suivantes.

9 COUCHOT HILLAIRE. L’art numérique. Flammarion. Collection Champs. P. 162 et suivantes : « Les critiques d’art face au numérique. »

10 Voir une présentation de l’universitaire et auteur français Jean Pierre Balpe sur http://www.olats.org/projetpart/artmedia/2002/t_jpBalpe.html


11 URL : (Anglais : Uniform Resource Locator).
Adresse Internet exploitée par les navigateurs (Internet Explorer ou Navigator, par exemple). C'est l'adressage standard de n'importe quel document, sur n'importe quel ordinateur en local ou sur Internet.
Structure de base d'une URL :
protocole://serveur/répertoire/document.extension
http://www.yahoo.fr
Source : Dictionnaire de l’Internet, http://www.dicofr.com/cgi-bin/n.pl/dicofr/definition/20010101005151

12 Actuellement, en juin 2006, l’œuvre n’est plus disponible en ligne.

15 Internet Explorer 6 dans le cas de notre étude.

16 Balise. En Anglais : tag)
Marque utilisée dans un texte pour signaler au programme qu'une commande spécifique doit être exécutée. Le langage html utilise de très nombreuses balises, dont les balises « head » qui se situent en tête de page. Source : http://www.dicofr.com/cgi-bin/n.pl/dicofr/definition/20010101000513




17 Voir l’article de John M Kleinberg, Hubs, Authorities, and Communities sur http://www.cs.brown.edu/memex/ACM_HypertextTestbed/papers/10.html#[Kleinberg%201998]

18 id

19 Expression utilisée dans mon article donnant compte-rendu du colloque de Cerisy « Internet Littéraire francophone 2005 », pour le magazine électronique du Centre International d’Art Contemporain de Montréal,

http://www.ciac.ca/magazine/compterendu.htm

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